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Adélaïde Mukantabana et le génocide du Rwanda : le devoir de mémoire et l'espoir vers les jeunes générations

Adelaïde Mukantabana introduisait à notre micro un colloque à Bègles (28 septembre 2019) qui portait sur le génocide des Tutsi au Rwanda. Elle porte la voix des rescapés, et souligne l'importance de la transmission de la mémoire.

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Adélaïde Mukantabana et le génocide du Rwanda : le devoir de mémoire et l'espoir vers les jeunes générations

25/09/2019

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A l'occasion d'un colloque organisé à Bègles en 2019, qui "porte un regard militant, un regard survivant, un regard enseignant, un regard historien, un regard politicien", Adelaïde Mukantabana témoigne à notre micro. Une interview réalisée par Gérard Clabé et Hélène Diarra Doquet.

Elle donne sa parole sur le poids du silence, le besoin de mettre des mots sur ce génocide des Tutsi, dont elle est une rescapée. Un témoignage fort sur son cheminement, et le besoin d'enseigner à la jeunesse la réalité humaine, sociale et politique de cet événement. Pour que la vérité soit mis en lumière.

Entretien réalisé le 25 septembre 2019 - Retranscrit par Sandra Merlet

Je suis une rescapée du génocide des Tutsi du Rwanda. J’ai habité Bègles pendant plus de 20 ans. Et je suis auteure d’un récit "L'innommable: Agahomamunwa" [Un récit du génocide des Tutsi], qui est sorti en Janvier 2016 chez L’Harmattan. Actuellement, je suis présidente de l’association Cauri, une association béglaise qui travaille en collaboration avec l’association Survie Gironde, Survie Nationale et d’autres associations comme Ibuka. Et notre objectif, la vérité sur le génocide des Tutsis. La mémoire et le soutien pour les rescapés, et la justice.

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L’important c’est les jeunes. Ils ne vont pas reconnaître quelque chose qu’ils n’ont pas connu. Donc nous, on a pris l’initiative de leur dire, en se disant que c’est eux qui auront le destin de notre pays dans 25 ans, qu’il leur appartiendra de dire des vérités. Et on ne pourra pas leur demander des vérités si on ne les a pas informés. Donc moi, ma démarche est d’informer les jeunes pour que à un moment donné de leur âge d’adulte ils savent ce qu’il s’est passé et la position qu’a pris leur pays et leurs anciens.

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Adelaïde Mukantabana et Noël Mamère, Commémoration du génocide du Rwanda en 1994 devant l'Homme debout à Begles, 2016

A un moment donné dans ma vie, après le génocide, je suis tombée dans le silence. Parce que je me disais que si je ne comprenais pas ce qui m’était arrivé, il m’était impossible de l’expliquer. Et puis, à un certain moment j’arrivais à sortir un ou deux trois mots, je voyais que les gens étaient choqués, que c’était bien plus terrible pour eux que pour moi. Et puis, je me suis tue. Dans mon silence je me disais que personne n’était capable de comprendre, qu’ici on ne voulait pas comprendre. Et que toutes ces personnes que je pensais qu’ils n’étaient pas capables de comprendre, le plus important est que je n’étais pas en mesure de l’expliquer. Je n’avais pas suffisamment de mots, les mots me manquaient ; aucun mot n’était propre. Et dans le vrai sens du terme, tout avait été sali.

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Réunion des veuves du génocide à Taba. Photo : Bruce Clarke

Je commence à témoigner, nous sommes en 2004. Et c'est déchirant, c'est comme si je me mettais à nue devant un public, c'était terrible. Je me suis dit que je n'allais pas y arriver. En 2007, je retourne au Rwanda comme si je n'étais pas convaincu que c'était fini. Et j'arrive là-bas, pas de bout de tissu, pas de bout de brique, rien. Ils ont complètement effacé, ils ont détruits. Je reviens en me disant qu'il faut que j'emmène mes enfants, peut être en arrivant là-bas je pourrais leur dire. Alors, je les ai emmenés l'année suivante. Et j'arrive là-bas, et je me mets à décrire des choses qui n'existe pas.

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Adélaïde Mukantabana, commémoration du 7 avril sur le Pont de Pierre (Bordeaux). Photo : Alain Rolland

Pour aller plus loin :

  • Adelaïde Mukantabana, L'innommable: Agahomamunwa. Un récit du génocide des Tutsi, L’Harmattan, 2016

  • Jacques Morel, La France au cœur du génocide des Tutsi, éditions L’Esprit Frappeur, 2010

  • Laurent Larcher, Rwanda, ils parlent, Le Seuil, 2019

  • Roman graphique : Jean-Philippe Stassein, Deogratias, Dupuis, 2006

  • Association Survie

  • Association Caurie

  • Association Ibuca

Musique

Gaël Faye, Petit Pays, 2012

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