La clé des ondes

BORDEAUX 90.10

LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

Black Face et les Tuniques Bleues, œuvre véritablement radicale

La découverte de ce Black Face datant de 1983 en pleines émeutes étasuniennes et mondiales après la mort de Georges Floyd, quel choc.

Commande du podcast

59m

Le Guide Du Bordeaux Colonial

Black Face et les Tuniques Bleues, œuvre véritablement radicale

02/09/2020

Photo de l'article: Black Face et les Tuniques Bleues, œuvre véritablement radicale

Le jeune fils d’amis talençais m’a prêté Black Face, volume 20 des Tuniques bleues.

Xavier, le Directeur de la Clé des Ondes, m’a demandé de le chroniquer, et j’ai eu l’imprudence d’accepter. Chroniquer un livre, on sait ou on croit savoir faire. Chroniquer une Bande Dessinée à la radio, c’est un exercice que je trouve redoutable. Et quand cette BD est le numéro 20 d’une série culte comme Les Tuniques bleues née en 1968, dessins de Willy Lambil après la mort de Salvérius, scenario de Raoul Cauvin qui a annoncé au tome 63 qu’il arrêtait, ça en devient stressant.

Si on ne fait pas attention, on peut croire que Les Tuniques Bleues sont une série traditionnelle pour fanas de guerres anciennes. Personnellement, je n’en ai pas été un lecteur, ni mes enfants. Mais rapidement on s’aperçoit d’un contenu pour le moins original. Là je reprends la présentation officielle de la série sur le site www.lestuniquesbleues.com, on ne pourra pas dire que j’interprète :

"Les Tuniques Bleues. Le gros, c'est Cornélius Chesterfield, sergent zélé et discipliné de l'armée du Nord des Etats-Unis. Le petit, c'est Blutch, un malin râleur et désabusé qui ne rêve que de déserter. Pris dans les affres de la Guerre de Sécession, ces deux-là font ce qu'ils peuvent pour échapper aux ennuis que leur valent des chefs bornés, des ordres aberrants et un destin décidément contraire..."

Critique acerbe des absurdités de le guerre

À travers des histoires pleines de rire et d'action, Lambil et Cauvin nous offrent une critique acerbe des absurdités de la guerre et du militarisme obtus.

Mais la découverte de ce Black Face datant de 1983 en pleines émeutes étasuniennes et mondiales après la mort de Georges Floyd, quel choc. Là encore, problème : comment ne pas vous dévoiler trop de l’intrigue ? A nouveau je prends la solution de facilité : la présentation de l’album sur le site.

"20. Black Face. Des Noirs au service des Bleus. Derrière les lignes ennemies, il y a des Noirs, beaucoup de Noirs qui travaillent dans des plantations. Si l'on parvenait à les mener à la révolte, ils deviendraient de puissants alliés au camp des Nordistes. Pour les convaincre de prendre les armes contre les Sudistes, il faut leur envoyer un des leurs. Escorté par le sergent Chesterfield et le caporal Blutch, un homme surnommé Black Face accepte d’aller parler aux esclaves de l’autre camp. Mais attention, cette stratégie risque de se révéler une arme à double tranchant."

Sans vous en dévoiler plus, je dois dire que certains dialogues font de cette BD une œuvre véritablement radicale.

Dès la page 5, Blutch et Chesterfield à la recherche de leur capitaine Stark perdu sur le champ de bataille rencontrent Black Face et un autre auxiliaire noir de l’armée nordiste en train d’enterrer les morts… et Stark qui se réveille à temps.

Le sergent Chesterfield : Alors ça, c’est un comble ! On se crève la nénette pour que vous soyez libres. Et vous, qu’est-ce que vous faites ? Vous nous enterrez vivants !

- Black Face : Vous appelez ça être libres, vous ?? Beaucoup de Noirs se sont engagés dans l’armée…

- Chesterfield : Ben c’est normal ! Vous pouvez nous donner un coup de main tout de même.

- Black face : Vous donner un coup de main ? Tu parles ! En faisant les plus sles corvées, comme enfouir les morts ou creuser les feuillées ! (…) A tout prendre, je me demande si nos frères en face ne sot pas plus heureux !

nom de la photo

Et la réunion d’état-major débouchant sur l’envoi de Black Face pour semer la révolte est encore plus édifiante.

- Le général : derrière les armées de Lee : des Noirs, des tas de Noirs travaillant dans les plantations et qui ne demandent qu’à se révolter (…) Un homme que nous enverrons derrière les lignes confédérées et qui pousserait ces Noirs à la révolte (…)

- Le colonel: Un Noir, mais vous n’y pensez pas, quelques-uns se sont volontairement engagés dans e colonel nos armées, mais de là à leur faire confiance !..

- Le général : Cette guerre est surtout la leur ! Voyons ! Nous luttons tous pour l’abolition de l’esclavage !

- Le colonel : Allons, allonns, mon cher, vous savez très bien que là n’est pas le véritable but ! Bon, d’accord, il y a un peu de ça. Il faut bien trouver un prétexte glorieux pour guerroyer.. Et puis ça tranquillise la conscience du peuple.

- Le 2ème colonel : Non ... Le vrai motif est que certains de nos politiciens rêvent de s’approprier les richesses du Sud!!! Alors, les Noirs, là-dedans, vous savez !..

- Le 3ème colonel : C’est la bonne excuse, n’ayons pas peur des mots.

"Libres d’aller où on leur dit d’aller"

Bon. Je ne vais pas tout vous raconter, mais vous vous doutez bien que Black Face parvenir à rencontrer les Noirs du Sud pour les appeler à la révolte.

- Jérémie (L’oncle Tom, ou tout comme) : Se révolter, se révolter, tu en parles à ton aise, l’ami ! Nous n’avons pas d’armes !

- Black Face : Eux en ont ! Nous les leur prendrons ! Vous n’allez tout de même pas continuer à vivre comme des chiens obéissant à la voix et au fouet ! Vous êtes des hommes ! Bon Dieu ! Il est grand temps qe vous nous en rendiez compte !

- Jérémie : Dis-nous, ami… Comment vivent les Noirs dans le Nord ?

- Black face : Libres !

- Le chœur des Noirs : Libres !?

- Black Face : Ouais ! Libres d’aller où on leur dit d’aller et pas ailleurs ! Libres à condition de respecter les blancs, de brosser leurs godasses, de creuser leurs latrines ou d’enfouir leurs morts ! Et tout ça pour des salaires de misère ! Juste de quoi ne pas crever de faim et encore !

- Jérémie : J’avoue ne pas très bien te comprendre, l’ami ! Tu nous demandes de trahir le Sud, et tu nous brosses un tableau peu encourageant du Nord !

- Le chœur ; Jérémie a raison, tu veux nous faire prendre les armes, mais contre qui ?

- Black Face : Contre eux tous ! Au diable leur guerre imbécile ! Elle ne nous regarde pas !

Je me dis : cette BD sortie en 1983. Aucune trace de polémique, aucune trace de tribune enflammée dans Valeurs actuelles ou dans Le Figaro pour dénoncer l’entreprise de perversion de la jeunesse avec un racialisme inspiré par les Indigènes.

Mais est-ce une bonne idée de chroniquer Les tuniques bleues sur une radio généraliste comme la Clé des Ondes à une heure de grande écoute ?

Tant pis. Ne transigeons pas avec la liberté d’expression. Et disons le tout haut : Vive Cauvin ! Vive Lambil ! Vive Blutch ! Vivent les Tuniques bleues !

AR

nom de la photo

Les podcasts

Commande du podcast

1h16m

Onda Latino Americana

La Voz du 17 octobre - revue de presse d'Amérique latine

19/10/2020

Commande du podcast

9m

L'Invité.e Du Jour

SPECTACLES - Pendant la Toussaint, la Boite à Jouer se fait la malle au Cerisier !

19/10/2020

Commande du podcast

34m

Dans Le Casque d'Amélie

Top 10 des sorties d'albums du 09/10/20 pop/folk/rock/electro/jazz/funk/soul #106

19/10/2020

Commande du podcast

8m

Par Le Trou De La Serrure

Pauline et Mélanie, salariées de la Cimade et animatrices de A travers les murs

19/10/2020

TOUS NOS PODCASTS
Lecture / Pause de la radio ou d'un podcast
ECOUTER LA RADIO
/
Retour au direct
undefined