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Bordeaux : la crainte d'un cluster pour les exilés enfermés au sous-sol de l'Hôtel de Police

Après les injonctions du ministre de l'intérieur, le centre de rétention de Bordeaux a été rempli par l'action de la Préfecture. Or, aucun avion ne peut décoller pour renvoyer les exilés. Ce mardi, une contamination au covid-19 a été détectée.

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Bordeaux : la crainte d'un cluster pour les exilés enfermés au sous-sol de l'Hôtel de Police

04/11/2020

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"Malgré les différentes mesures restrictives annoncées, il semblerait que le confinement et le protocole sanitaire ne soient pas une réalité au sein du centre de rétention administrative", lance Mélanie Maugé-Baufumé.

Intervenante pour la Cimade au sein du CRA, elle analyse le "phénomène étrange" observé le week-end dernier dans cet espace au sous-sol de l'hôtel de police de Bordeaux. Une alerte qu'elle raconte avec sa collègue Pauline Racato dans l'émission hebdomadaire de la Cimade "A Travers les Murs" sur la Clé des Ondes.

Lors du premier confinement, le centre de rétention avait baissé sa capacité d'accueil (à 14 personnes contre 20) pour tenter de mettre en place un protocole sanitaire et surtout parce qu'aucune expulsion (ou presque) ne pouvait être effectuée. Ce seuil vient d'être relevé de manière surprenante.

"On est passé de 11 à 19 personnes entre vendredi soir et lundi matin" assurent-elles.

Des hommes (le centre n'accueille ni femme ni enfant) sont arrivées des préfectures du Charente, Dordogne, Lot, Landes mais aussi Haute-Vienne ou de la Creuse ont rempli les 450 m² glauques du CRA de Bordeaux. Elles pointent du doigt les motivations de ces placements en rétention :

"Ce qui s’est passé au CRA est lié aux attentats perpétrés sur le territoire. Mais quel est le lien entre les attentats et ces personnes enfermées ? Aucun. A part peut-être leur origine et leur religion. Ces personnes interpellées sont toutes musulmanes et trois sont tchétchènes alors que ça n’arrive presque jamais ici."

Elles rappellent que "le confinement venait d'être annoncé, la France se préparait à rester chez soi, les frontières étaient encore plus fermées et les mesures barrières étaient encore plus strictes" évoquant notamment l'interdiction de rassemblement au-delà de six personnes.

Les conditions d'interpellations sont aussi jugées "consternantes et parfois violentes". Interrogée par la Clé des Ondes, Mélanie Maugé-Baufumé revient sur le sort réservé à un Marocain de 34 ans vivant en Dordogne interpellé dimanche chez lui.

La porte de son domicile aurait été fracturée et son appartement saccagé. Il aurait été menotté - tout comme sa compagne et son cousin présents - se serait pris des coups sur la tête, aurait eu un pistolet sur la tempe. Arrêté pour présomptions de vente de stupéfiants, il a été mis en garde à vue, sans avocat ni interprète - il n'est pas parfaitement bilingue - précise la membre de la Cimade qui ajoute que cette garde à vue n'a débouché sur aucune poursuite ni procès. Pourtant, il se retrouve enfermé dans un centre de rétention qui ne peut expulser celui qui a une obligation de quitter le territoire.

Les conditions de vie du lieu conduisent à de nombreuses tensions, comme l'indique depuis 2015 le rapport du Contrôleur général des lieux de privations de liberté. La situation actuelle peut les envenimer. Jeudi dernier, Un homme de 27 ans retenu au centre (qui ne peut pas expulser, répétons-le) a insulté les policiers et fait acte de rébellion. Il a été condamné à trois mois de prisons.

Les conditions sanitaires ne sont pas plus enviables. Les personnes entrantes reçoivent certes un masque qu'elles portent lors des rencontres avec des personnes extérieures mais pas dans les "lieux de vies" comme le réfectoire ou la cour (sans arbre dont l'horizon n'est que de quatre murs peints puisqu'elle en sous-sol et d'un grillage en guise de ciel). Les huit personnes arrivées durant le week-end n'ont pu voir un médecin que lundi.

Or, l'un des retenus a été testé positif au Covid-19. Les résultats sont parvenus ce mardi. Pauline Racato précise :

"Il a potentiellement contaminé les 18 autres personnes sans parler des intervenants extérieurs et les agents de police côtoyés pendant 3 jours."

Au delà du test, la réponse a été de le placer en cellule d'isolement disciplinaire avant de le transférer dans un centre de rétention qui n'accueille que des personnes contaminées (à Plaisir, commune des Yvelines) "sauf qu'il ne va pas être expulsé et le CRA n'est pas un hôpital" s'insurge Mélanie Maugé-Baufumé. Ce mercredi, la Préfecture de Gironde nous indique que tous les retenus du CRA ont été testés :

"Ils sont tous négatifs."

L'intervenante de la Cimade s'en réjouit mais ne s'emballe pas rappelant l'existence des 30% de "faux négatifs" et indiquant que le virus peut encore circuler dans le centre, d'autant que les mesures barrières ne peuvent toujours pas être appliquées.

Si la Cimade souhaite la fermeture des centres de rétention, les intervenantes dans le CRA dénoncent aussi une stratégie politique qui met à mal l'Etat de droit :

"La volonté du ministère de l’intérieur est claire. Il ne s’en est jamais caché notamment quand Gérald Darmanin a annoncé que les opérations de police seraient lancées contre des dizaines d’individus mêmes s'ils n’avaient pas de lien avec les affaires citées [les attentats, ndlr] mais pour « envoyer un message ». Le message du gouvernement est clair et il n'hésite pas à interpeller et enfermer arbitrairement. Alors que les CRA sont légalement voués à expulser. L’état enferme des personnes sans même possibilité d’expulser."

Depuis lundi, aucune personne n'est entrée dans le CRA de Bordeaux. Les sorties sur décision du juge se multiplient. Ce mercredi, il reste 12 personnes dont 8 ont déposé des recours.

Émission en podcast A Travers Les Murs Texte et photos : Xavier Ridon

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