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Culture en danger ? "Le e-spectacle ne suffira pas ! Remettez nous au travail !"

Ce cri du cœur et cette alarme viennent de Framboise Thimonier, administratrice de production du spectacle vivant et représentante de la CGT Spectacle à Bordeaux.

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Culture en danger ? "Le e-spectacle ne suffira pas ! Remettez nous au travail !"

20/01/2021

Photo de l'article: Culture en danger ? "Le e-spectacle ne suffira pas ! Remettez nous au travail !"

L’appel à la mobilisation des professionnels du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel ce mardi 19 janvier à Bordeaux, a connu la participation d’une cinquantaine d’acteurs culturels pour sauver leur profession. Réunis devant l'Hôtel de Région, ils demandent une réaction rapide et positive du gouvernement face à leur situation qui se dégrade tous les jours. Framboise Thimonier, administratrice de production du spectacle vivant, a accepté de nous parler.

La Clé des Ondes : Le monde du spectacle et du cinéma reste confiné avec une interdiction d’ouverture au public pour longtemps, quels sont vos sentiments et quel est l’objectif de cette mobilisation ?

Framboise Thimonier : L'objectif de la mobilisation est de dire que nous sommes toujours vivants, et que nous cherchons à rester vivants, justement en voulant repartir sur les plateaux de théâtre, sur les plateaux de musique. On veut repartir au travail. On voudrait pouvoir aussi accueillir du public dans les meilleures conditions possibles. On a déjà des protocoles sanitaires qui nous donnent raison qu’on puisse accueillir du public dans de bonnes conditions de protection.

Nous on voudrait aussi qu'il y ait une vraie prise de conscience que l’année blanche, ça ne suffit pas ! Il faut qu’on reparte au travail, vraiment, qu’on soit vraiment payés. Et puis surtout, on veut un traitement équitable entre les grandes enseignes qui accueillent des centaines et des centaines de clients, et nous, nos théâtres qui restent fermés.

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Mobilisation devant l'Hôtel de Région ce mardi 19 janvier 2021 à Bordeaux (Mamadou Saidou Barry/La Clé des Ondes).

En plus, le conseil d’État nous a quand même donné raison, de manière nuancée. Donc effectivement, y a pas de raisons qu'on soit fermés. Évidemment il y a une crise sanitaire, il y a une pandémie, on en est complètement conscients, on a des collègues qui sont malades, qui ont pu être malades. Le risque zéro n’existe pas mais on a des jauge limitées. On met les gens à distance. On respecte la distanciation. On veut repartir au travail et venir vibrer avec le public.

"Nous voulons travailler !" étant la première de vos revendications qui n’a malheureusement pas été entendue par le gouvernement, quelles conséquences cette inactivité pourrait générer dans la corporation ?

Déjà concrètement en ce moment, comme beaucoup de Français, des dépressions, des gens qui sont complètement perdus. J’ai des techniciens qui n’ont pas travaillé depuis le mois de mars l’année dernière, notamment ceux qui travaillent dans l'événementiel, dans la prestation technique. C'est très dur pour eux.

Les artistes musiciens peuvent s'exercer mais pas toujours ensemble. Des fois il y a des groupes, ils peuvent répéter, mais pas tous ! On se désespère. Comme les gens de la restauration, et des bars, on se désespère de pas travailler et à long terme. On a peur, en tout cas nous les syndicats de salariés, d'une grande disparition de professionnels du spectacle. Moi j’ai peur à titre personnel, j’ai peur qu’on soit en train d’assassiner un secteur d’activité qui fait vivre beaucoup beaucoup de monde.

Et puis on a besoin de rêves dans la vie, donc là, on manque de rêves. Justement ça serait bien de pouvoir re-rêver pour mettre la maladie à distance.

Après la transmission de vos propositions, il y a de cela plusieurs semaines, à Mme la ministre de la culture, pour soutenir l’activité au sein de votre corporation, est ce que vous avez eu une réponse de sa part ? Et quels sont les points de ces différentes propositions ?

Alors, on a l’année blanche pour les intermittents, jusqu’au 31 décembre 2021, mais tout le monde n’est pas intermittent dans les métiers de la culture. Il y a des activités partielles, mais l’activité partielle suit aussi les directives nationales. La prise en charge est diminuée.

Une chose tout de même que j’ai sentie au Conseil régional : on a senti un petit peu plus d’ouverture, de dialogue, d'écoute, de vouloir travailler ensemble avec les syndicats d'employeurs et de salariés. C’est ce qu’on demande, et ça été entendu, donc on a une réunion prochainement avec le président de région. J'espère qu’on va avancer vers une reprise d’activité.

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Mobilisation devant l'Hôtel de Région ce mardi 19 janvier 2021 à Bordeaux (Mamadou Saidou Barry/La Clé des Ondes)

Il y a une grande détresse chez les artistes auteurs, et autrices, donc, tout ceux qui ne sont pas salariés, tout ceux qui ne peuvent pas bénéficier du chômage partiel, et de l’année blanche. Il y a un effondrement pour eux, parce qu’on arrive à des situations sociales catastrophiques. Des gens certainement qui vont perdre leur logement. Là il y a la trêve de l'hiver, mais on sent arriver une énorme catastrophe sociale chez les artistes plasticiens, et chez les auteurs et autrices !

C'est pas bon ! Il faut qu’ils repartent au travail eux aussi, donc il faut leur passer des commandes, faut qu'ils puissent développer l'éducation artistique et culturelle auprès des enfants, des lycéens ! Faut repartir au travail, pour le bien de tout le monde en fait !

Vous dites aussi que la prolongation de l’année blanche doit se discuter pour ne pas se terminer par un coup de com’ et une nouvelle aumône ! Qu’attendez vous de cette discussion si elle est acceptée par le gouvernement ?

Déjà, il faut la reconduction de l’année blanche. Parce qu’il y a pleins d’artistes et techniciens qui n’ont pas pu travailler ou très peu. On va être très très peu à pouvoir remplir les conditions de réexamen et de reconduction des droits, donc il faudrait un prolongement de l’année blanche.

Ce prolongement doit être assorti d'une reprise de l’activité. Il faut qu'on retourne travailler réellement, concrètement. Parce que là, à un moment donné, si on veut être solidaires aussi avec l'ensemble des autres travailleurs qui sont empêchés de travailler, l'année blanche ne suffit pas pour nous. Il faut qu’on retourne au travail. Donc, nous on demande à ce que l’année blanche soit reconduite mais il n’y a aucune négociation ouverte la dessus pour l’instant.

Certains travaillent encore bien sûr, il y a des répétitions, mais certaines ne sont pas payées, or elles ont besoin d'être payées. Donc là, les collectivités territoriales pourraient aider à la rémunération des répétitions, aider à la rémunération de prise de commandes, d'éducation artistique pour les artistes plasticiens, etc.

Après cette mobilisation, quelles seront vos prochaines actions ?

Elles seront politiques avec la réunion avec le président de région Alain Rousset. On va attendre les retours de ce qui se passe au niveau national aussi, et puis on va suivre l’actualité, appeler à d’autres mobilisations, à d’autres actions. Et puis c’est un appel à l’ensemble des professionnels du spectacle, mais aussi des artistes et des auteurs et autrices, à revendiquer le travail. On veut travailler !

Un dernier mot à l’endroit du gouvernement ?

Laissez-nous travailler ! Remettez-nous au travail ! Et puis n'ayez pas peur de ce que peuvent proposer les artistes à la population. Le e-spectacle, le spectacle en ligne ne suffit pas ! On a besoin de relations, alors évidemment, c’est la problématique de cette pandémie, mais si on est intelligents, et si on est sérieux, et si on est protecteurs et protectrices, on sait très bien accueillir le public avec toute la protection possible et la bienveillance possible donc, ne nous laissez pas mourir !

Entretien réalisé et retranscrit par Mamadou Saidou Barry

Photo de Une : mobilisation du monde du spectacle à Bordeaux, le 13 novembre 2020 (Xavier Ridon/La Clé des Ondes).

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