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Dans cette période, "on pédale deux fois plus pour gagner la même chose !"

PODCAST - A l'occasion du 4e "forum" organisé par Deliveroo avec ses coursiers, Jérémy Wick a pu goûté au dialogue social sauce uberisée où "la parole des livreurs vaut moins que des burgers". Entretien.

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Dans cette période, "on pédale deux fois plus pour gagner la même chose !"

21/01/2021

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Mardi 12 janvier, un nouveau forum a été organisé par les représentants de Deliveroo à Paris avec 25 représentants de ses livreurs. Cette rencontre organisée pour la quatrième fois pour entretenir le dialogue entre les dirigeants et les coursiers avait cette fois pour objectif d’évoquer la rémunération des livreurs, leur statut et le temps d’attente dans les restaurants. Nous sommes allés à la rencontre de Jeremy Wick, livreur et représentant du syndicat des coursiers à vélo-CGT de la Gironde.

La Clé des Ondes : Avez-vous eu l’impression d’être entendus, écoutés à l'occasion de ce forum ?

Jeremy Wick : Les objectifs de ce nouveau forum étaient de parler des revenus, du temps d’attente. Et c’était aussi apparemment une super occasion de faire du lobbying parce qu’Hervé Novelli, le créateur du statut d’auto-entrepreneur, était présent. Après, on a été écoutés mais entendus jamais.

Pour une société du numérique qui se veut hyper-réactive, ils mettent du temps à mettre des choses en place. Ils pensent beaucoup chez Deliveroo mais ils n’agissent pas beaucoup. Actuellement pour nous le statut d’indépendant est très désavantageux parce qu’on n’a pas de protection sociale, ou très peu. Et il n’est pas respecté tout simplement parce qu’on ne peut pas négocier nos tarifs, on est dépendants de la plateforme.

Officiellement on est libre de travailler pour plusieurs plateformes, mais dans les faits ce n’est pas facile. Malgré tout aujourd’hui, on est un peu obligés de le faire tellement les prix ont baissé. Nous ce qu’on veut c’est un meilleur respect des conditions de travail, car même la Cour de cassation avait reconnu qu’on fait du salariat déguisé.

Donc on veut un meilleur respect des règlementations, ou devenir salariés pour avoir droit au chômage, à une prévoyance. Parce qu’aujourd’hui seule une mutuelle Axa séparée est proposée par Deliveroo mais elle est misérable, 30 € par jour. Si je me casse une jambe et que pendant un mois je ne peux pas travailler, avec mon loyer de 850 € j’ai tout juste de quoi payer mon loyer. Si on a la covid actuellement on reçoit une compensation exceptionnelle de 14 € par jour... On nous dit « c’est mieux que rien » mais ça fait trop longtemps qu’on se contente de ça, on veut avoir de meilleurs droits.

Comment évoluent vos conditions de travail depuis ces dernières années, et surtout depuis le début de la crise sanitaire et du nouveau couvre-feu ?

Je ne trouve pas qu’on puisse parler d’évolution. Avant même que je commence c’était 7€50 de l’heure, plus 3 ou 4 € la course. Quand j’ai commencé en 2017 c’était 5 € minimum la course, en 2018 c’est passé à 4€50 minimum avec un prix variable au kilomètre. On n’a jamais su comment était fait le calcul d’ailleurs, à cause du manque de transparence total de la plateforme. Puis en 2019, c’est passé à 2€60 minimum avec toujours ce prix variable.

Et dans tout ça le temps d’attente est catastrophique. Avant il y avait un système de planning où il fallait s’inscrire et Deliveroo gérait le nombre de coursiers mais depuis mars avec la covid, ils ont mis en place le "free shift", la connexion libre. C’est une pseudo liberté parce que pour travailler il faut toujours se connecter au même moment : pendant les repas.

Et sans contrôle on s’est retrouvé avec beaucoup plus de collègues et la situation est devenue catastrophique. On pédale deux fois plus pour gagner la même chose. Et travailler avec le risque de la covid c’est compliqué : il faut faire attention aux poignées de porte, aux boutons d’ascenseur, on consomme un flacon de gel hydroalcoolique tous les deux jours.

On est censés poser la commande au sol et reculer de deux mètres. On ne peut pas faire de livraison sans contact dans les fais parce que le principe d’une livraison c’est justement des contacts. Donc le restaurateur est censé mettre la commande dans notre sac et le client est censé la prendre aussi directement dedans. Mais beaucoup de restaurateurs nous donnent les commandes à la main et les clients ne sont pas censés toucher notre sac, mais c’est compliqué. Le point positif c’est qu’on a un peu plus de pourboires que d’habitude.

Damien Stéffan, le directeur de la communication de Deliveroo France, a déclaré que l’entreprise s’adressait « à des gens qui ne sont pas forcément bien intégrés au marché de l’emploi ». Est-ce le cas ? Sinon qui sont les livreurs ?

On est passés de personnes passionnées par le vélo à n’importe qui. Il n’y a plus aucun contrôle. Certains livreurs n’ont pas de papiers donc il y a des locations de compte, de la sous-traitance. Mais cette idée que ce sont des personnes qui n’ont pas bien intégré le marché de l’emploi c’est totalement faux !

Hervé Novelli nous disait que selon lui le statut d’auto-entrepreneur convenait parfaitement parce qu’il s’adressait à ces personnes-là. Mais non ! Parce que dans ce cas-là c’est un statut un peu fourre-tout. C’est trop facile de dire ça. Moi par exemple j’ai été salarié pendant 10 ans mais j’ai moi-même choisi d’être mon propre patron. Beaucoup de livreurs ont d’autres petits boulots à côté, même si majoritairement les gens font ça à temps plein. Ce qui n’était pas le cas avant car ils faisaient ça comme job étudiant à côté de leurs études. Donc dire ça, c’est dénigrer les livreurs parce que ça pourrait laisser penser que ce sont des personnes qui ne savent pas trop quoi faire. Et ça ne justifie pas d’avoir des revenus aussi faibles par courses et des conditions de travail qui se dégradent d’année en année.

Entretien réalisé et retranscrit par Manon Chevalier, à retrouver en podcast en haut de cette page.

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