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LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

"Dans la chambre voisine, les gendarmes avaient tous la passion pour la haine, la xénophobie"

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TÉMOIGNAGE - Au milieu des années 2000, Matthieu se formait pour devenir gendarme. Les voisins de chambrée de ce girondin apprenaient le même métier mais avec des critères tout autre. Il dénonce l'absence d'intervention de sa hiérarchie.

Je suis entré en gendarmerie à 20 ans sûrement naïf et assurément plein de bonnes intentions. J'en suis sorti dégoûté par ce que j'y ai entendu et vu. Je me suis longtemps tu sur ma brève expérience en gendarmerie, ne la racontant qu'à mes proches. Il est temps de partager mon vécu au sein d'un organisme d'état où le racisme y est bien installé.

Premiers pas à l'école de gendarmerie et première rencontre avec le racisme dans cette institution.

Je suis dans une chambre de 6 à 8 personnes, des noirs, des arabes et des blancs, dont un blanc qui au fil des jours nous dévoile sans complexe sa xénophobie et son admiration pour le 3ème Reich. Un ami noir qui dormait à coté de lui m’a confié un jour ne pas dormir tranquille, sur le ton de la rigolade certes, mais cela prouve qu'il n'était pas serein.

Par la suite, on a appris par cette même personne qu'une chambre entière, donc 6 personnes, était une chambre "raciste”. Tous les futurs gendarmes de cette chambre avait la même passion pour la haine et la xénophobie, adulaient Le Pen et chantaient des chants nazi. Nous avions donc à notre connaissance au moins 7 personnes racistes. Je ne les ai pas "dénoncés", avec regret. Ni moi, ni mes camarades. On pensait - et je le pense toujours - que si nous, nous étions au courant, alors les chefs aussi.

Pourquoi tous dans la même chambre ? Un hasard serait surprenant.

Et puis les chefs savent presque tout, je me souviens d’un ami de confession musulmane revenir en chambre furieux car il avait vu sur son dossier qu'il était mentionné que sa maman portait le foulard. C'est bien la preuve qu'ils ont enquêté sur nous avant de nous admettre.

Qu'un seul arrive à passer à travers les mailles du filet pourquoi pas, mais sept c'est impossible. Toujours à l'école, on a pu entendre quelques fois certains chefs humilier les élèves avec des noms ou des prénoms d'origine maghrébine ou africaine.

Sortie d'école, je suis muté dans une brigade, ma première.

Je me souviens d'un épisode : un nouveau allait poser ses valises chez nous, et ce nouveau avait un nom de famille qui aurait pu, selon certains de mes collègues du moment, être de consonance arabe ce qui les avait surpris voir inquiété...

Deuxième année, je suis muté dans une brigade un peu plus grande. Réunion de service. Paroles du chef :

"Noirs, arabes, gitans on contrôle et s’ils n'ont rien on cherche la merde".

Personne n'a obéi à ces ordres mais personne n'a osé dire quelque chose. Les nouveaux trop formatés à respecter la hiérarchie, les anciens trop habitués à ce genre de discours ?

Durant cette deuxième année, j'ai aussi vu un arabe de religion musulmane devenir un raciste contre les arabes et les noirs en reniant sa religion pour pouvoir être accepté par les autres. Moi je ne me suis pas renié pour m'adapter, je ne buvais pas le café, je n'allais pas à la pause clope, et je ne participais pas à ces apéros.

C'est sûrement ce qui a provoqué mon départ anticipé mais j'aurai sûrement fini par démissionner car je ne me sentais vraiment pas bien dans ce climat.

J'ai aussi le souvenir heureux lorsque, avec des collègues, nous avons retrouvé ces deux gamins perdus, et des souvenirs douloureux lorsque j'ai dû amener un homme à l'aéroport car sans papiers.

En dehors de cet épisode gendarmesque, j'ai subi les contrôles au faciès. Trop brun ? Trop barbu ? Trop "typé" ? Trop banlieusard ?

Sept CRS dont un me hurlant dessus sans raison avec haine sans aucune raison. J'ai aussi vu leur changement d'attitude lorsqu'ils ont vu mon prénom et mon nom assez français pour eux. J'ai vu des contrôles de papier agressifs et des injonctions de changer de fréquentation visant mon ami d'origine maghrébine à coté de moi.

Oui il y a des racistes chez les flics j'en ai connu.

La question n'est pas de savoir s'il y a des policiers non-racistes car cela minimiserait le racisme systémique dans la police. La police est là pour faire respecter les lois quelles qu'elles soient. Elle obéit à des ordres quels qu'ils soient. La police est le bras armé du système, ce système dont nous ne voulons plus. Changeons notre police, changeons notre système.

Photo de Une : Rog01/Flick

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