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Dette et plan de relance, sacrifions-nous nos générations futures ?

[Les Clés de L'Eco] Edwin Le Heron, professeur des universités à Sciences Po Bordeaux s'interroge : Par les politiques de relance publique et le gonflement de la dette publique, sacrifions-nous les générations futures ?

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Dette et plan de relance, sacrifions-nous nos générations futures ?

27/10/2020

Photo de l'article: Dette et plan de relance, sacrifions-nous nos générations futures ?

Edwin Le Heron est professeur des universités à Sciences Po Bordeaux, membre du Centre Émile Durkheim et président de l'ADEK (Association pour le développement des Études keynésiennes).

Avec la crise économique et sanitaire et les plans de relance décidés par le gouvernement, la dette publique de la France va irrémédiablement augmenter,passant des 100 % d'avant la crise à sans doute plus de 120 % du PIB dès l'année prochaine, loin des 60% maximum exigés par les traités européens. J'entends souvent dans les médias, l'argument a priori imparable de l'horreur à venir. Ce serait nos petits enfants qui devraient payer pour notre inconséquence, une charge insupportable transférée aux générations futures. Les vieilles cigales feraient payer le bal par nos petites fourmis de demain.

Nous pourrions répondre avec un peu de légèreté que si les générations futures sont ces quelques jeunes qui sauvent la planète en dégonflant les pneus de quelques SUV bordelais, l'idée du génocide financier intergénérationnel annoncé deviendrait tout de suite plus acceptable.

Mais en fait il est possible de répondre sur le fonds et de montrer que cette peur est largement infondée, que le sacrifice annoncé n'aura pas lieu.

Les trois erreurs

La première erreur est de traiter un pays, la France, comme une entreprise ou un ménage et de vouloir appliquer les recettes de la gestion du "bon père de famille" à cette question.

En effet contrairement à une entreprise ou un ménage, la France est considérée comme éternelle, et donc nous n'arrêtons jamais le cours du temps en exigeant à un moment donné le paiement de toutes les dettes de l'Etat. Ainsi l'Etat ne paye pas ces dettes ou plus exactement l'Etat les paye lorsqu'elles arrivent à échéance en émettant une nouvelle dette. Donc nos petits enfants paieront la dette d'aujourd'hui en émettant une nouvelle dette pour leurs propres petits enfants etc etc. Jamais on ne sifflera la fin de la partie, en disant c'est aujourd'hui que toute la dette de la France doit être remboursée. Notons d'ailleurs que la dette des entreprises privées en France est supérieure à celle des Administrations Publiques sans que les médias ne s'en émeuvent.

Depuis Saint-Louis qualifié par l'historien Le Goff de premier roi de l'endettement, ou François 1er, jusqu'à aujourd'hui la France a toujours payé ses dettes en en émettant de nouvelles, parfois aidée par l'inflation comme après 1945.

Bien sûr les nouvelles dettes françaises doivent être achetées sur les marchés financiers, par des banques et des compagnies d'assurances, il faut donc avoir confiance dans la parole de la France et dans sa capacité à créer suffisamment de richesses pour que cette dette soit soutenable. Le meilleur moyen pour s'endetter, c'est de payer ses anciennes dettes et certainement pas de les annuler, car alors la confiance disparait comme la Grèce le subit encore aujourd'hui.

Deuxièmement, l'Etat contrairement à une entreprise ou un ménage a la capacité d'imposer de nouveaux impôts, donc de nouvelles recettes afin de rembourser ses dettes et de moduler son niveau d'endettement.

Troisièmement, et c'est sans doute le plus important, les dettes publiques ont été émises pour financer des investissements publics, des services publics qui seront utiles également à nos petits enfants. Ils naitront dans un pays avec des écoles et des universités, des routes, des musées, des hôpitaux, l'eau courante, l'électricité et internet disponible. Il est normal que nos enfants et petits enfants en payent une partie puisque ces infrastructures nous ont en partie été léguées par les anciennes générations. Bon les centrales nucléaires également...

Les contreparties de cet endettement

Car, il faut toujours mettre en perspective les contreparties de cet endettement, tous ces actifs, ces richesses qui font la France. Si l'on prend les actifs publics en France, leur valeur dépasse la valeur de notre dette, même s'ils ne sont pas toujours faciles à valoriser et à mesurer à l'instar d'une cathédrale. Ainsi un enfant nait aujourd'hui en France non avec une dette qui serait de l'ordre de 35 000 euros en ne regardant que du côté du passif, mais avec un avoir positif de l'ordre de 4000 euros en prenant en compte également nos actifs. L'important n'est pas la dette, mais ce qu'on en a fait. Et contrairement à la Grèce, la France est sur ce point plutôt un bon élève.

La Qualité des contreparties est importante. Tant que les dépenses publiques produisent des richesses, permettent l'amélioration de la santé ou du niveau d'éducation, réduisent les risques d'instabilité sociale, assurent la transition écologique alors la croissance des richesses répondra à la croissance de la monnaie créée par l'endettement public et le risque d'inflation sera nul. Il y a même un effet multiplicateur, une dépense publique de 100 fera augmenter le PIB de 120 à 170, selon les dernières études du FMI, réduisant ainsi le poids relatif de la dette.

Pour la soutenabilité de la dette souveraine,un élément important est le taux d'intérêt moyen de celle-ci. Car tant que le taux de croissance du PIB est supérieur au taux d'intérêt moyen de la dette souveraine, alors cette dette est soutenable et nous évitons un effet boule de neige, les charges d'intérêts finissant par faire augmenter le niveau d'endettement. Or aujourd'hui avec les taux négatifs sur la dette française jusqu'à 10 ans et à à peine 0,6% à 30 ans, la BCE devant maintenir ses taux bas durant de nombreuses années, la charge des intérêts n'est plus un problème.

Enfin, les périodes de croissance retrouvée permettront de réduire l'endettement assez rapidement pour retrouver des marges de manœuvre.

La dette n'est pas un problème en soi, elle peut même être une partie de la solution,mais elle n'est certainement pas non plus la solution miracle à tous les problèmes. Elle n'est en aucun cas le vaccin miracle recherché contre la Covid19

Photo de Une : Paris samedi 12 mai 2012 Rémy Noyon/Flickr Creative Commons

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