La clé des ondes

BORDEAUX 90.10

LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

La bataille de l'eau aura bien lieu

Partout sur la planète, les conflits qui ont pour origine le partage de l’eau se développent. Dans nos régions, ils sont essentiellement provoqués par les dégâts de l’agriculture intensive. L’eau est-elle encore un bien commun ?

Commande du podcast

1h00m

Climat de Luttes

La bataille de l'eau aura bien lieu

02/09/2021

Lire l'article
Télécharger
Photo de l'article: La bataille de l'eau aura bien lieu

La bataille de l'eau dans le monde

En ce moment, l’Ethiopie est en train de construire un énorme barrage sur le Nil afin de bénéficier enfin d’une partie de l’eau de ce fleuve pour irriguer et produire de l’électricité. Un traité de partage des eaux imposé par l’empire colonial britannique prévoyait d’attribuer 80 % des 84 milliards de m³ annuels à l’Egypte, 20 % au Soudan, et rien pour l’Ethiopie pourtant traversée par le Nil bleu. Le maréchal Sissi a promis les foudres de l’armée égyptienne si l’eau disponible en aval pour son pays venait à se raréfier.

Il y a près de 50 ans, l’Etat d’Israel s’est octroyé les rives du lac Tibériade en occupant le plateau du Golan syrien en 1967 pour pouvoir utiliser son eau (contre les résolutions de l’ONU). Le conflit avec la Syrie privée de cette eau couve toujours.

Outre-Atlantique un traité entre les Etats Unis et le Mexique datant de 1944, oblige ce dernier à livrer l’eau du barrage Chihuahua. Mais quand la sécheresse sévit comme l’an dernier les agriculteurs locaux protestent pour que l’eau du Chihuahua reste au pays. En 2020 ils ont envahi le barrage. Les affrontements ont fait un mort. L'Etat fédéral a aussitôt envoyé des troupes pour reprendre possession du barrage.

En France, la bataille de l’eau a déjà fait un mort à Sivens, Rémi Fraisse, tué par la grenade explosive d’un gendarme.

La bataille de l'eau en Nouvelle Aquitaine

Il existe aussi des conflits d’usage en Europe et en France et, tout près de chez nous car cette ressource se raréfie. Entendons-nous bien : la quantité d’eau globale sur la planète ne change pas puisque ce qui s’évapore dans un endroit retombe ailleurs. Mais l’eau potable, ou facilement potabilisable est de plus en plus rare.

A Bordeaux, nous avons la chance de bénéficier de la présence, sous-terre, d’une nappe datant de l’éocène (-40 000 ans) qui est encore préservée des polluants. Mais elle n’est pas inépuisable et dans d’autres endroits de la région, les captages pompent une eau beaucoup plus proche de la surface et donc beaucoup plus polluée notamment par les intrants agricoles : engrais (nitrates) et pesticides dont l’agriculture intensive fait un usage immodéré. En 20 ans, les agences de l’eau ont du fermer près de 300 captages en Nouvelle Aquitaine pour cette raison. Les pratiques agricoles entrent donc en conflit avec l’exigence de fournir de l’eau potable.

Pourtant, la loi sur l’eau est claire : la priorité doit toujours être donnée à l’alimentation humaine. C’est une règle que doivent appliquer systématiquement les pouvoirs publics. L’eau est aussi indispensable aux zones humides qui abritent une faune et une flore cruciales pour maintenir ces écosystèmes. Ainsi lorsque les cours d’eau, les marais, sont pleins en hiver voire en crue, il ne s’agit pas d’eau perdue, ou d’eau inutile comme on l’entend souvent dire mais bien de l’eau indispensable à la vie de ces milieux qui fonctionnent à la fois comme des réserves et des épurateurs.

Nous avons plusieurs fois évoqué sur cette antenne (voir cette émission) la lutte que mènent des collectifs de la région contre les réserves de substitution, ces énormes bassines de plusieurs millions de m³ qui permettent aux agriculteurs irrigants d’arroser - leur maïs essentiellement - en plein été. Contrairement aux allégations répétées des ministres de l’agriculture et des responsables de la FNSEA qui soutiennent ce modèle agricole intensif, ces bassines ne sont pas remplies avec de l’eau qui serait « en trop » l’hiver.

Même lorsque les retenues sont collinaires, comme c’est le cas à Caussade en Lot et Garonne, elles retiennent l’eau de ruissellement et provoquent l’assèchement des cours d’eau qui sont en aval, sur leur bassin versant. Et surtout, les 3/4 de ces réserves ne sont pas remplies avec de l’eau de pluie mais avec l’eau des nappes phréatiques qui est pompée et remontée dans ces énormes cratères dont le fond est bâché de plastique que sont les bassines. Et cette eau qui est, sous la terre un bien commun est carrément privatisée lorsqu’elle est pompée pour remplir les bassines. De nombreuses études scientifiques montrent que cette pratique met en péril la ressource en eau pour tous, menace les nappes, et assèche les territoires.

Pour quelques grains d'or

Des collectifs d’habitants, des agriculteurs s’organisent dans le Poitou-Charentes, pour arrêter cette course folle. Ils sont nombreux entre les Deux-Sèvres où nous avions déjà fait un reportage lors d’un rassemblement à Epannes en octobre dernier, les Charentes et la Vienne. Le marais poitevin est menacé par les pratiques d’irrigation et les premières réserves construites. Les autorités tentent de rassurer en affirmant que les volumes prélevés ne mettent pas en cause la ressource. Mais tous les signes montrant le contraire sont là. Un très beau film datant de 2009 (12 ans!) « Pour quelques grains d’or », réalisé par David Briffaud et Fabien Mazzocco, visible sur la plateforme Vimeo, décrivait parfaitement la crise déjà là. On écoute quelques extraits et ça commence par le chant de l’arroseur d’un champ de maïs.

On aura reconnu dans le dernier témoignage d’un éleveur qui a choisi de nourrir son bétail avec du sorgho, beaucoup moins gourmand en eau, la voix de Benoit Biteau, député européen et éleveur en Charentes, que nous avions interviewé il y a quelques mois sur le sujet.

Si nous reparlons de l’eau dans cette édition de rentrée, c’est que l’actualité nous presse de toute part. Cet été, une marche bleue était organisée à Mauzé sur le Mignon (79), le 23 juillet dernier. La date choisie était motivée par l’imminence des travaux pour creuser les premières bassines dans le courant du mois d’août. Climat de luttes était sur place et nous avons participé à la marche de reconnaissance de 3,5 km pour aller voir le site d’implantation de la bassine SEV17, où un rassemblement avait déjà eu lieu en mars. 300 personnes, en cette belle fin d’après midi de juillet se sont donc mis en chemin, en famille, dans la joie et la bonne humeur et au son de l’accordéon. Nous avons en chemin interrogé Julien Le Guet de Bassines Non Merci, sur l’évolution de cette lutte et sur les poursuites subies par les militants et sur l’évolution du dossier.

Les combats de BNM

Lien pour la pétition européenne

Les différentes étapes de cette marche bleue du 23 juillet ont été l’occasion d’interventions diverses. Nous entoendons successivement Melissa, de BNM 79 qui nous commente la station devant le captage d’eau potable de Chercoute, puis un appel .du collectif BNM 16 contre un projet de 14 bassines (à Homme Couture près de Ruffec) et enfin un appel des militants de la Vienne contre un projet datant de 2013 qui avait été jusque là repoussé grâce à l’action des associations environnementales mais qui refait surface, grâce à une réglementation plus conciliante.

Rencontres intergalactiques

Nous avons retrouvé une bonne partie de ces militants une semaine plus tard, à l’occasion des Rencontres intergalactiques de Notre-Dame-des-Landes, le 1er août. La question de l’eau est au coeur des préoccupations de nombreux acteurs. Nous écoutons successivement Noe, militant BNM 86, et David Briffaud, un des deux réalisateurs du film " Pour quelques grains d’or" qui est devenu paysan-boulanger dans la Vendée voisine. Un poste d’observation exemplaire.

Le trip'porteur de FNE MP

Les bassines agricoles sont loin d’être la seule menace sur l’eau pour les années à venir. Le changement climatique à lui tout seul va réaliser de grandes transformations qui vont exacerber tous les conflits d’usage.

Ce sont ces sujets brûlants qui ont amené l’association FNE MP à organiser un parcours en trip’porteur sur les questions de la transition écologique et de l’eau, du 23 aout au 8 septembre, entre Paris et Toulouse. Il s’agit pour l’équipe d’interpeler sur l'urgence de la transition écologique et de valoriser les combats locaux. Il s’agit aussi de mutualiser les expériences des associations de terrain, et de donner des perspectives pour le travail au niveau du bassin Adour-Garonne. Fiona, ambassadrice de ce tripporteur et coordinatrice du projet Au’tour du climat Occitanie nous parle de ces luttes diverses qu’elle a pu croiser, des témoignages collectés.

Dernières actualités

BNM a annoncé il y a deux jours qu’un nouveau pas était franchi et que les travaux ont démarré à Mauzé sur le Mignon. Comme on le craignait, et même si la coop de l'eau le niait, la première phase de travaux dite "phase d'installation" a commencé ce 1er septembre sur l'emprise de la SEV 17 (entre Usseau et Mauzé).

Alerté par des riverains , les militants se sont rendus sur place et ont pu constater l'installation de centaines de mètres de grille de chantier ainsi que la présence d'une maitresse-chien assurant la surveillance du site de jour comme de nuit, accompagnée de ces deux molosses. Cela laisse présager l'arrivée des pelleteuses dans moins de quinze jours pour inaugurer triomphalement l'ouverture du congrès de la FNSEA qui doit se tenir du 21 au 23 septembre à l'Acclameur.

Le collectif BNM invite tous ceux qui se sentent concernés par cette bataille de l’eau à se rendre par milliers à la manif du dimanche 5 septembre à Saint Sauvant.

RDV à 12h pour le pique nique partagé, puis à 14h départ de la marche accompagnée par Lili, la marionnette géante de la Cie L’Homme Debout, par la fanfare le Cri du chapeau, et par les percus les oies sauvages. 17H les prises de parole.

Merci à Abel pour avoir assuré la technique de l'émission.

Les podcasts

Commande du podcast

30m

Point Chaud

17/09/2021

Télécharger
Commande du podcast

2h30m

Le Plat de Résistance

Anne Lauseig du Collectif National de la Force Invisible des Aides à Domicile

17/09/2021

Télécharger
Commande du podcast

1h30m

Le Rayon vert

17/09/2021

Télécharger
TOUS NOS PODCASTS
C-est quoi cette chanson?
Appelez la radio

Ecouter le direct

Ecouter le direct