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Que reste-t-il du "quoi qu'il en coûte" ?

Le 12 mars 2020, Emmanuel Macron s'était engagé à mobiliser "tous les moyens financiers nécessaires" pour sauver des vies, protéger salariés et entreprises. Mais 10 mois plus tard, le gouvernement reste bloqué sur ses vieux dogmes explique Eric Berr.

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Que reste-t-il du "quoi qu'il en coûte" ?

12/01/2021

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Dans son discours du 12 mars 2020, soit quatre jours avant l’annonce du premier confinement, Emmanuel Macron nous disait ceci :

"La santé n'a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies. Quoi qu'il en coûte". Et il assurait que "tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises, quoi qu'il en coûte, là aussi".

Ce "quoi qu’il en coûte", répété à plusieurs reprises, devait également servir, selon lui, à "interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies", c’est-à-dire le néo-libéralisme. Il concluait ainsi son discours :

"Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie".

Qu’en est-il dix mois plus tard ?

Tout d’abord, reconnaissons que les aides aux entreprises, que ce soit par le biais du chômage partiel (qui profite aussi aux salariés), des remises d’impôt, du rééchelonnement des prêts bancaires ou encore de la mise en place du prêt garanti par l’État et du fonds de solidarité, ont permis d’atténuer les effets de la récession économique qui nous frappe de plein fouet.

Du plaidoyer pour l’État-Providence...

Mais, si le gouvernement a été contraint de manger son chapeau économique en acceptant de creuser la dette publique, ce qui était et reste indispensable, les aides qu’il a accordées demeurent sous-dimensionnées au regard de ce qui est fait dans nombre de pays voisins. Résultat, la France fait partie, avec l’Italie et le Royaume-Uni, des pays qui sont les plus touchés économiquement par la crise sanitaire. En 2020, son PIB devrait chuter de 9%, contre "seulement" 5% pour l’Allemagne par exemple.

Le plaidoyer en faveur de l’État-Providence et des services publics est quant à lui resté lettre morte. Preuve en est la gestion pour le moins chaotique des masques, des tests et aujourd’hui des vaccins, due à la désorganisation de l’État orchestrée depuis plusieurs décennies et qu’Emmanuel Macron a amplifié, contrairement à son discours. Le gouvernement, incapable d’anticiper, de planifier et d’organiser, en est réduit aujourd’hui à recourir aux services du cabinet privé McKinsey pour organiser le cadrage logistique et la coordination opérationnelle de la campagne vaccinale.

...à l'aveuglement idéologique

Contrairement aux effets d’annonce prétendant renforcer nos services publics, et en premier lieu le secteur de la santé, le gouvernement, contre toute logique élémentaire, a continué, en pleine crise sanitaire, de fermer des lits d’hôpitaux.

Cet aveuglement idéologique est mortifère, au sens propre du terme, car 40% des lits réanimation ont été supprimés depuis 30 ans et 70000 lits d’hôpitaux ont été fermés depuis près de 20 ans. Et, d’un point de vue économique, que valent aujourd’hui les 12 milliards d’euros d’économies réalisées au cours des 10 dernières années sur l’hôpital public quand le coût de la crise sanitaire avoisine les 200 milliards d’euros en 2020 ?

La même logique dogmatique conduit à revenir sur la promesse du "quoi qu’il en coûte". Le gouvernement, bien que jugeant nécessaire d’accroître la dette publique afin de soutenir une économie mise à l’arrêt au printemps 2020, considère aujourd’hui qu’une telle situation ne peut durer trop longtemps.

C’est dans ce cadre que Jean Castex a installé le 4 décembre dernier une commission sur l’avenir des finances publiques, présidée par l’ancien ministre des finances Jean Arthuis, qui doit réfléchir aux moyens permettant de rembourser cette "dette Covid".

Raisonnement erroné

A partir d’un raisonnement erroné considérant que l’État, comme une entreprise ou un ménage, ne peut supporter durablement des déficits et doit rembourser ses dettes, la commission Arthuis doit fournir des recommandations afin d’assainir les finances publiques. Sachant que toute hausse d’impôt est d’emblée exclue, la gestion plus rigoureuse de la dette publique voulue par le gouvernement passera donc obligatoirement par une baisse des dépenses publiques. Ce n’est donc pas par hasard que Bruno Le Maire rappelait récemment qu’il souhaite faire rapidement aboutir la réforme des retraites, reconnaissant par-là que l’objectif principal de cette réforme est de baisser le niveau des pensions.

Une autre piste de réflexion, sur laquelle travaille le ministère de l’économie, des finances et de la relance, consisterait à isoler la "dette Covid" dans une structure à part. L’idée serait de prolonger la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS, une contribution généralisée de 0,5% sur tous les revenus, créée en 1996 pour apurer la dette de la sécurité sociale - elle aurait dû s'éteindre en 2009, mais existe encore aujourd'hui pour continuer à éponger le déficit des comptes sociaux, ceci jusqu'à 2033 au plus tôt) jusqu’en 2042.

Une telle solution empêcherait donc de faire "rouler" cette dette, c’est-à-dire rembourser une dette ancienne par une nouvelle, donc de mieux amortir le choc que nous subissons aujourd’hui puisque les sommes prélevées pour la rembourser ne le seraient plus pour l’investissement et les services publics.

En définitive, derrière de beaux discours, qui trompent de moins en moins de monde, Emmanuel Macron et son gouvernement restent fidèles à des dogmes économiques éculés qui nous promettent le retour de l’austérité et assombrissent notre avenir.

Par Eric Berr pour les Clés de L'Éco

Tous les mardis à 6h40, 7h40, 8h40, 12h40, des économistes bordelais vous font entendre leurs analyses à contre-courant des discours dominants dans la chronique Les Clés de l'éco.

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