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RÉCIT - "Cathy et Adam", quand de la crise sanitaire naît une rencontre salutaire

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[A ECOUTER] Cathy, retraitée et veuve, veut éviter l'isolement. Adam, réfugié tchadien, craint de vivre dans la promiscuité. De leur crainte et avec une simple idée va germer une belle amitié. Récit du fils de Cathy, Vincent Bordas.

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"Cathy et Adam", récit d'une grande solidarité lors du confinement par Vincent Bordas

Diffusé le 31/03/2020

Cathy a 64 ans, elle est retraitée et malade. Une sclérose en plaques qu’elle se trimballe depuis 40 ans mais qui ne l’a pas empêchée de vivre sa vie, de se battre contre tout ce qui pouvait l’empêcher d’être autonome, sociable, vivante. Un mois jour pour jour avant le début du confinement, le mari de Cathy est mort. Un cancer du poumon. Cathy dormait mal, pleurait beaucoup, se demandait de quelle manière la vie allait pouvoir continuer, puisqu’il fallait bien qu’elle continue.

Adam a 21 ans, c’est un réfugié tchadien. Un statut qu’il se trimballe depuis qu’il a débarqué à Bordeaux, à l’été 2019. Aîné d’une famille de 4 enfants, aidant la famille à subvenir aux besoins du quotidien, il a commencé des études dans son pays, sans vraiment savoir quels débouchés cela pouvait bien lui offrir. Il s’est aussi essayé au syndicalisme étudiant, avant que les forces de l’ordre locales lui rappellent que le droit de manifester n’est pas tout à fait le même dans tous les coins de la planète. Alors il a pris l’avion, avec des papiers obtenus comme il a pu. Premières nuits à Bordeaux, dans la rue, devant la gare, dans des squats. Et puis l’adresse du Secours populaire obtenue, Adam s’y rend. Pour obtenir de l’aide, oui. Mais pour proposer la sienne aussi. Quitte à être ici, autant aider et apprendre en aidant.

Quand le Président a parlé...

Quand le Président annonce le confinement, Cathy tâtonne, donc. Elle fait semblant de trouver ses marques sans son mari et ressent un haut le cœur à chaque fois qu’elle croise son regard posé sur cette si jolie photo d’eux, dansant à l’occasion de leur 20ème anniversaire de mariage. Et elle pleure en caressant l’oreiller laissé vide à côté d’elle. Maintenant que le Président a parlé, c’est officiel, ses sœurs, son fils, ses amis ne pourront plus lui rendre visite. Ses petites filles n’iront plus à l’école mais elles ne pourront pas non plus venir emplir son petit jardin de leurs rires et de leurs confidences.

Quand le Président annonce qu’on ferme tout, Adam vient juste de se voir attribuer une place pour 15 jours dans un foyer d’hébergement d’urgence. Ce n’est pas la rue. Mais il sait qu’ils seront huit dans un dortoir de lits superposés. La distance d’un mètre respectée, si et seulement si chacun reste bien blotti au fond de son lit, côté mur. Disons-le, il a un peu peur que les portes ne se ferment sur ce confinement à 8 dans 9m2. Et il se demande s’il pourra encore rejoindre chaque matin Francis, William et les autres, au Secours populaire, pour préparer des commandes, faire des livraisons et pour prendre le déjeuner ensemble.

Quand le Président a parlé, le fils de Cathy n’a pas beaucoup réfléchit :

« — Allô Adam ? Si tu veux, il y a une chambre chez Cathy. Cela veut dire le confinement avec une mamie mais ce sera toujours mieux qu’au foyer. Et si le confinement dure longtemps… Moi, je dois m’occuper de mes filles, cela me rassurerait de te savoir près de ma mère.

— Oui, ça me va. Merci Tonton

— Merci à toi Adam. Va chercher tes affaires et direction Bègles.

— Et le Secours populaire ? Tu crois que je pourrais continuer mon bénévolat ?

— Je ne sais pas Adam. Je ne pense pas. Cathy fait partie des personnes à risque, il ne faudrait pas que tu ramènes le virus chez elle.

— …

— Mais je te montrerais, il y a plein de choses à faire chez elle, tu verras…

Cela fait donc presque 15 jours que cette improbable cohabitation a commencé. 15 jours de découvertes mutuelles, d’attente, de rires, d’impatience, d’incrédulité et d’amitié. Cathy a appris à prononcer et à placer N’Djamena sur une carte. Adam a appris à se servir d’une tondeuse à gazon et les joies du goûter une fois le travail fait. Cathy a questionné sur le parcours d’Adam ; lui a écouté les histoires de cette ancienne ouvrière combattante.

15 jours. Un jour, Adam interroge Cathy sur la signification de cette petite statue oubliée au fond du petit jardin. « Tu ne connais pas ? » Cathy ne sait pas parler de ce nain de jardin sans se mettre à rire bêtement. « C’est un cadeau des copains. C’est vilain hein ? Mais il y en a beaucoup en France ; il y en a même un dans un très beau film… » Ce jour-là, Cathy et Adam ont regardé Amélie Poulain. Le lendemain, ils regarderaient Les Misérables, puis Le Dictateur de Chaplin, La grande vadrouille, Astérix et Obélix, Un éléphant ça trompe énormément, … Et chaque jour, Adam et Cathy choisiraient ensemble le film à regarder.

Partager leur blues

15 jours. Un jour, Adam a pris le relais de Cathy sur la machine à coudre. Deux jours qu’elle suait à faire les choses correctement pour confectionner les masques de protection demandés par la maternité du coin. Lui observait sans rien dire. Et quand il s’est mis au turbin… « Tu sais coudre !? Et bien en plus… » Adam avait enchainé les petits boulots au Tchad, pour pouvoir payer sa scolarité. « À 12 ans, j’étais dans un atelier de couture. Et cela m’avait bien plu… » Cathy attrape son téléphone pour prévenir la responsable de l’atelier couture : « Je vais pouvoir vous en livrer plus que prévu, des masques. Comptez déjà sur une vingtaine… » Appliqué sur sa machine, Adam sourit et continue.

15 jours. Un jour, Cathy avait la tristesse au cœur. Son mari lui manquait trop. Adam, lui, tournait en rond, avec toujours et encore les mêmes questions dans la tête : est-ce que j’ai bien fait de venir en Europe ? Est-ce que je vais y réussir quelque chose ? Pourquoi il a fallu que ce virus se propage justement maintenant ? Comment va ma maman ? Quand est-ce que je vais pouvoir enfin retourner au Secours populaire ? Ce jour-là, Adam et Cathy n’ont rien fait, ni film, ni couture ni jardinage. Rien d’autre que de partager leurs blues, à distance réglementaire.

Rire

Mais tous les autres jours, je le jure, ils ont appris, ri, écouté, parlé, cherché des activités, découvert la culture l’un de l’autre. Tous les autres jours, Adam a sauvé Cathy d’un isolement qu’elle n’était pas en mesure, là, de supporter. Tous les autres jours, Cathy a sauvé Adam d’une promiscuité et d’une précarité qui l’auraient peut-être, là, fait sombrer.

Hier, le sous-fifre du Président a annoncé que ça allait continuer, le confinement. 15 jours encore. Je ne suis pas inquiet, ils vont s’occuper, rire et prendre le goûter. Cathy est ma mère, Adam mon ami. Je les aime et je veux les garder près de moi. Encore longtemps.

Récit lu et diffusé sur l'antenne le 30 mars 2020, suivi de La Tendresse d'André Bourvil chanté par les Confinés.

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