La clé des ondes

BORDEAUX 90.10

LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

Révolution égyptienne (10) : la fin de l'histoire ?

    Comment la contre-révolution a réussi à manœuvrer une grande partie des révolutionnaires. Mais la nuit noire dans laquelle le coup d'Etat du sanguinaire al-Sissi a plongé l'Egypte n'est pas éternelle.

    Commande du podcast

    15m

    Chroniques d'une révolution égyptienne

    Révolution égyptienne (10) : la fin de l'histoire ?

    29/01/2021

    Photo de l'article: Révolution égyptienne (10) : la fin de l'histoire ?

    Dernier épisode parce, rentrée en France en juillet 2012, je n’ai pas plus d’expertise pour lire les journaux en ligne que quiconque. La plupart de mes contacts, page Facebook, ou site de blogueurs ont été fermés depuis le coup d’État de Sissi. La plupart des activistes croupissent en prison. Certains sont morts ou mortes sous la torture. D’autres ont tout simplement disparu.

    Disparus

    La disparition est une pratique des sbires de la « Sécurité » qui est apparu au grand jour lors de la celle du chercheur italien Giulio Regeni. Giulio préparait une thèse d’économie à l’université de Cambridge sur le mouvement ouvrier en Egypte, et plus précisément sur les syndicats indépendants. Il a disparu le 25 janvier 2016, un jour où la police et l’armée étaient « sur les dents » et redoutaient des célébrations du cinquième anniversaire . Bien sûr les autorités ont nié avoir la moindre information sur son lieu de détention. Le 3 février, la dépouille de l’étudiant italien a été retrouvée dans le fossé d’une banlieue du Caire. Son corps à moitié nu comportait des traces de sévices notamment « des brûlures de cigarettes autour des yeux et sous la plante des pieds ».

    Le Premier ministre Matteo Renzi a appelé le président Sissi pour exiger que « les responsables de cet horrible crime soient livrés à la justice » provoquant un gel des relations diplomatiques entre les deux pays … pendant un an et demi. L’engagement de nos dirigeants pour les droits humains se dissout assez vite dans d’autres considérations, comme chacun sait.

    nom de la photo

    Photographie ©Aljazeera montrant la détermination du président Macron à lutter pour les droits de l'homme (décembre 2020)

    Le lundi 7 décembre 2020, Macron a reçu avec tapis rouge celui que la presse appelle « son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi » (ce qui n’est pas flatteur pour Macron). Un gala a même été donné en son honneur à l’Elysée et Sissi a été reçu en grande pompe par Anne Hidalgo (honte définitive à elle) à la mairie de Paris. Sissi a même été décoré de la grand-croix de la légion d’honneur par Macron. Seule la télévision égyptienne a été autorisée à filmer tout ça et c’est le site de la présidence égyptienne qu’on peut en voir les images. (je mets le lien)

    On imagine, pour tous les Egyptiens épris de liberté, qui ont, comme je l’ai mentionné plusieurs fois, la révolution française comme modèle et la conviction que notre pays est encore celui des droits de l’homme, le découragement et la colère que produisent ces images.

    nom de la photo

    Photographie ©Aljazeera du président Macron exigeant avec fermeté la libération de tous les prisonniers politiques en Egypte (décembre 2020)

    Rapport Amnesty International

    Aujourd’hui, dans les prisons d’Egypte la population a explosé depuis le coup d’État de 2013. Amnesty International évalue à 114 000 le nombre de prisonniers (plus du double de la capacité carcérale de 55 000) ce qui correspond à 1,1 m² par prisonnier.e en moyenne. Aucune mesure sanitaire n’a été prise depuis le début de l’épidémie du Covid si ce n’est de jeter sans soin dans des cellules d’isolement encore plus terribles, les personnes atteintes.

    De nombreux détenus sont sans soin et en très mauvais état de santé.

    Zyad el Elaimy, ancien parlementaire et l’une des figures de proue des manifestations du 25 janvier 2011 (arrêté avec Hisham Fouad et Hossam Moanis, alors qu’ils fondaient une coalition politique en vue des élections législatives de 2020).

    Abdelmoniem Aboulfotoh, 69 ans, ancien candidat à l’élection présidentielle et fondateur d’un parti d’opposition

    Des dizaines meurent en prison (37 en 2020) comme Shady Habash, cinéaste de 24 ans, mort le 2 mai 2020.

    Après plusieurs années de détention à l’isolement et de soins médicaux insuffisants, l’ancien président Mohamed Morsi est mort en juin 2019 pendant une audience au tribunal.

    À la suite des manifestations de septembre 2019, la sûreté de l’État a ordonné le placement en détention de milliers de personnes dans le cadre d’enquêtes pour «  terrorisme ». De nombreux procès se sont tenus devant des tribunaux d’exception ; certains ont débouché sur des condamnations à mort. La torture reste une pratique courante et les personnes LGBTI placées en détention sont soumises de force à des examens anaux .

    nom de la photo

    ©Aljazeera "Tu crois que tu pourrais libérer un ou deux opposants ?" ; "ça dépend combien tu me vends tes Rafales". (décembre 2020)

    Concernant la liberté d’informer : en 2019, 20 journalistes ont été arrêtés en raison de leur opinion dont Shady Zalat, directeur du site d’information indépendant Mada Masr et 16 autres membres du personnel. Ce site est un des derniers medias indépendants en Egypte (page en anglais https://www.madamasr.com/en).

    Plus de 500 sites d’information sont bloqués en Egypte, et les autorités viennent d’ajouter les sites web de la BBC et Alhurra.

    En 2020 32,5 % des Egyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit 5 % de plus qu’en 2015.

    nom de la photo

    Photographie ©Le Point "En Égypte, Hollande célèbre son ami Sissi" (6/08/2015)

    Les présidentielles de juin 2012

    Le premier tour des présidentielles s’est déroulé sans les violences habituelles des hommes de main du précédent régime. Quelques cas de fraudes tout de même mais à la marge selon les observateurs internationaux.

    Et d’ailleurs les résultats ont été serrés pour les trois premiers candidats : Ahmed Chafiq, l’ancien premier ministre, dopé par une campagne des médias officiels pour le « retour à l’ordre » et par le soutien scandaleux de l’Église copte. Le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsy, peu charismatique mais soutenu par toutes les organisations de la confrérie, Hamdine Sabahy, qui a malheureusement mis du temps à apparaître, tant les partis et organisations progressistes ont eu du mal à se positionner et se rassembler. Hamdine a cependant révélé l’existence d’une véritable troisième voie en Égypte rivée aux idéaux de justice sociale de la révolution.

    Le vent a commencé à tourner peu après la proclamation des résultats. Le 28 mai, les recours des différents candidats dont Sabahy venaient d’être déboutés. En ce mois de juin 2012, on apprend que les six principaux responsables de forces intérieures et de la police, accusés des meurtres de la révolution, sont relaxés..

    C’est une véritable injure à tous les jeunes qui sont morts sous leurs balles, ou sous leur torture, pour défendre la révolution. Les manifestations qui accueillent ces résultats continuent de crier : « A bas le pouvoir militaire, à bas l’ancien régime ! ».

    Lorsqu’il a été confirmé que le deuxième tour verrait l’affrontement entre Chafiq et Morsy, une partie des insurgés du printemps 2011 se sont sentis spoliés. Ils ont décidé de boycotter le deuxième tour. « Non au pouvoir militaire et à ses élections », annonce leur tract qui invite « à refuser le jeu burlesque de ce deuxième tour » fabriqué, selon eux, par l’armée. Si les arguments sont justes, il paraît peu vraissemblable que le peuple égyptien partage, dans sa majorité, une telle position. Pour la plupart d’entre eux, la simple tenue de ces élections est une victoire. Effectivement, 13 candidats ont pu se présenter aux suffrages, comme dans une démocratie. C’est une première historique ! Le Conseil suprême a fait des déclarations rassurantes sur son départ du pouvoir dès la fin juin.

    Morsy a été élu de justesse et grâce aux voix de ceux qui rejetaient son adversaire, le général Chafik, candidat de l’ancien régime. Sa popularité n’a fait que reculer par la suite au fur et à mesure de l’exercice du pouvoir. Outre son incompétence et son incapacité à répondre aux besoins économiques et sociaux du pays, deux facteurs ont aggravé sa situation : une campagne de dénigrement qui est montée crescendo dans la plupart des grands medias égyptiens (sauf les télés appartenant aux Frères), et une série de pénuries de carburants dans les stations essence, de coupures d’électricité dont il est clair qu’elles ont été organisées par l’armée, (propriétaire des raffineries, des sociétés de distributions et centrales électriques).

    Tamarrod

    Au printemps 2013, s’est lancé le mouvement « tamarrod » (rebellion). Qui a lancé ce mouvement ? Des jeunes, inconnus jusque là. Ils ont diffusé une pétition, du Nord au Sud du pays, demandant le départ de Morsy. Celle-ci a rassemblé selon leurs dires quinze, voire vingt-deux, millions de signatures ! Le mouvement grandissant une immense manifestation a été organisée le 30 juin 2013 rassemblant, plusieurs millions d’Egyptiens (14 a dit l’armée, puis 32!) partout dans le pays. Ces derniers ont vécu ce moment comme une résurgence de l’élan révolutionnaire de janvier 2011 et le mot d’ordre qu’ils criaient était encore « pain, liberté, justice sociale ». Qui a fait le choix que leur revendication-phare ne soit plus celle d’élections législatives anticipées, ou d’une autre assemblée constituante ? L’armée bien sûr, dont on sait maintenant qu’elle a intimement conseillé les jeunes du mouvement Tamarrod. C’est elle qui soigneusement guidé la colère égyptienne vers cette seule revendication, totalement contradictoire avec le processus démocratique acquis de haute lutte et qui va, au bout du compte, redonner aux Frères de quoi lustrer leur couronne de martyrs alors qu’elle allait tomber aux oubliettes de l’histoire. Les massacres des partisans de Morsi devant la Garde républicaine, puis sur la place Rabaa ont fait des centaines de morts et de blessés, des milliers d’arrestations. Le 27 juillet, le général Sissi a demandé une autorisation au peuple égyptien de le soutenir dans sa lutte « anti-terroriste » et l’a invité à descendre dans la rue pour ça. Mais l’autorisation de quoi ? Sissi n’a-t-il pas demandé le permis de tuer ? Peu de militants égyptiens (et encore moins de commentateurs occidentaux) n’ont vu le coup venir. Fatma Ramadan, syndicaliste et responsable de la fédération des syndicats indépendants a publié le 26 juillet un communiqué qu’elle n’a pas réussi à faire adopter par les trois fédérations d’organisations syndicales, pas même celle qu’elle dirige.

    nom de la photo

    Fatma Ramadan, membre du Comité exécutif de l'EFITU (syndicats indépendants)

    Camarades, travailleurs et travailleuses d’Égypte, qui luttez pour vos droits et pour une Égypte meilleure.

    Travailleurs qui rêvez de « pain, liberté, et justice sociale », vous qui rêvez d’un travail au moment où des voleurs nommés hommes d’affaires ferment les usines après avoir empoché des milliards.

    Travailleurs d’Égypte qui rêvez d’un juste salaire pendant que les gouvernements ne s’intéressent qu’au rendement des investissements, au détriment des travailleurs, de leurs droits, et même de leur vie.

    Travailleurs d’Égypte qui rêvez d’une vie meilleure pour vos enfants, de médicaments quand ils sont malades, et de quatre murs pour les mettre à l’abri.

    Depuis bien avant le 25 janvier, vous réclamiez vos droits. Vos rassemblements et vos grèves ont continué après la chute de Moubarak pour les mêmes revendications sans réponse.

    L’armée a négocié, puis les Frères, sans que jamais ces négociations ne portent sur votre droit. Au contraire, ils ont oeuvré tous ensembles pour éteindre les étincelles que vous aviez allumées dans les jours sombres des ténèbres, les étincelles de lutte, mêmes si ces luttes étaient en ordre dispersé.

    L’armée n’a-t-elle pas cherché à briser vos grèves et vos rassemblements pas la force à Suez, au Caire, au Fayoum, et dans toutes les régions d’Égypte ?

    N’a-t-elle pas tué un grand nombre parmi vous, ou traduit devant des tribunaux militaires sans autre motif que celui d’exercer vos droits en faisant la grève et des rassemblements pacifistes ?

    N’ont-ils pas tout fait pour criminaliser cet exercice de vos droits, en promulguant une législation ad hoc interdisant au peuple égyptien tout entier de manifester pacifiquement, de faire grève ou de se rassembler ?

    Puis Morsy est arrivé avec les Frères et ils ont emboîté le pas de Moubarak dans la division et la poursuite de la répression des grèves par la force jusqu’à l’ordre d’utiliser les chiens policiers contre les travailleurs de Titan Cement à Alexandrie. C’est bien Morsy qui a fait cela, par l’intermédiaire de son ministre de l’intérieur et ses hommes. ... Ne vous demandez-vous pas pourquoi [l’armée et la police] n’ont pas empêché ces crimes commis par les Frères contre des innocents du peuple égyptien avant que cela ne commence ? Ne vous demandez-vous pas à qui profite la poursuite des combats ?

    Aujourd’hui, on nous demande de sortir pour autoriser Sissi à faire de plus en plus de morts. … J’ai débattu avec des membres du comité exécutif pour qu’ils ne soutiennent pas un appel à nos membres (et au peuple égyptien) à descendre dans la rue ce vendredi pour alimenter l’idée que le peuple, l’armée et la police sont unis, comme il est dit dans l’appel. Je me suis trouvée en minorité, avec quatre membres, contre neuf voix pour la parution de cet appel.

    ...Ne vous laissez pas berner en remplaçant une dictature religieuse par une dictature militaire.

    Chanson

    Ya el-Midan (La place), par le groupe Cairokee, qui a invité pour cet enregistrement la chanteuse vedette égyptienne Aida el-Ayoubi.Clip video. Cette chanson révolutionnaire a été un tube visionné 1/2 million de fois sur Youtube,et classé au top sur Facebook.

    Les podcasts

    Commande du podcast

    1h30m

    L'Autre Parloir

    24/02/2021

    Commande du podcast

    1h30m

    AC Tonne

    24/02/2021

    Commande du podcast

    1h30m

    Bordeaux Blues

    24/02/2021

    Commande du podcast

    17m

    L'Invité.e Du Jour

    Gérard Clabé, de RESF, revient sur la situation des habitant.es de la Zone libre mises à la rue

    24/02/2021

    TOUS NOS PODCASTS
    Lecture / Pause de la radio ou d'un podcast
    ECOUTER LA RADIO
    /
    Retour au direct
    undefined