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Révolution égyptienne (6) : Cette nuit où l'armée trahit

Le 8 mars, la trahison de l'armée et le référendum sur la constitution.

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Chroniques d'une révolution égyptienne

Révolution égyptienne (6) : Cette nuit où l'armée trahit

25/01/2021

Photo de l'article: Révolution égyptienne (6) : Cette nuit où l'armée trahit

Après le 11 février, la place est restée occupée par des insurgés et la vie de la ville a continué d’être rythmée par les rassemblements du vendredi.

Jour du nettoyage

Le 25 février, la manifestation, baptisée « jour du nettoyage » est encore joyeuse et déterminée. Si l’enthousiasme du 12 février n’est pas retombé, les corrompus sont toujours là, le régime est encore globalement en place et le nom de Chafiq, l’actuel premier ministre est de plus en plus souvent conspué comme sur cette banderole que l’on retrouve en plusieurs endroits de la place.

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Le gouvernement Chafiq dehors, dehors ; nous voulons un gouvernement libre, libre

Les égyptiens ont conscience que rien n’est vraiment gagné. Comme si toutes ces contradictions s’exacerbaient à grande vitesse, l’atmosphère s’est nettement dégradée lorsqu’à minuit les militaires ont voulu faire évacuer la place. On a vu arriver des hommes cagoulés, des véhicules de la police militaire avec des armes à l’intérieur, et certains militaires ont sorti leurs Tazers. Ce sont les mêmes qui m’ont arrêtée vers minuit sur la place et ont exigé la suppression de la plupart de mes photos de la journée.

Depuis mon balcon j’ai vu des manifestants fuyant devant les militaires qui les poursuivaient. A 2h du matin des coups de feu ont éclaté ensuite, puis on a entendu des hélicoptères au dessus du centre ville, et des manœuvres des chars de l’armée dans le quartier. Sur Facebook dans la nuit, j’ai lu des appels à « dénoncer la trahison de l’armée » et à protester dès le lendemain.Un peu plus tard encore dans la nuit, toujours sur Facebook, le Conseil suprême des forces armées a publié des excuses et affirmé que ces incidents n’étaient pas intentionnels, ce qui est difficilement crédible...

8 mars : journée des droits des femmes

Les jours suivants, la tension n’a cessé de monter. Lors de la manifestation du 8 mars les femmes se sont rassemblées sur un terre-plein pour brandir affiches et banderoles, mais il a fallu que des jeunes hommes du mouvement leur servent de cordon de sécurité face à une centaine d’hommes, plutôt jeunes, qui scandaient des slogans ironiques à leur encontre comme : « Suzanne, Suzanne !!! », renvoyant ainsi les revendications féministes aux bonnes œuvres de l’épouse de Moubarak.

Les coulisses de l’actu

Mais il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas en se promenant sur la place, et c’est toute la limite d'un témoignage comme le mien qui n’est pas un travail de journaliste, il faut en avoir conscience. Le lendemain de cette manifestation, le 9 mars, il y a eu une évacuation de la place par les militaires et de jeunes activistes ont été arrêtés au musée archéologique du Caire. En fait, ce sont 190 insurgé.e.s qui ont été arrêté.e.s ce 9 mars et l’armée a refusé d’informer sur leur lieu de détention et de leur permettre de rencontrer des avocats. Ces détenus que la télévision nationale a décrit comme des voyous, ont raconté avoir été enfermés dans le bâtiment du musée, et « frappés violemment avec des bâtons et des tazers ». Le chanteur Ramy Issam, en témoigne dans une chanson « manifestant mais pas voyou » chantée ici sur la place.

Mais je n’ai su que le 23 mars, lors de la parution du rapport d’Amnesty (suisse) le sort réel des jeunes militants et surtout militantes. Alaa al-Aswani, le romancier égyptien désormais interdit de retour dans son pays, a récolté les témoignages de six de ces jeunes filles sur les 18 qui ont subi le même traitement, dans son dernier roman « J’ai couru vers le Nil ».

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Alaa al-Aswani et son dernier roman

Le témoignage de Saïda Ahmed est à lire p. 263-265

La version officielle, donnée par le chef du renseignement militaire aux enquêteurs d’Amnysty est que le but de ces ignobles tests est (je cite) d’éviter que les manifestantes arrêtées n’accusent l’armée de viol, ainsi que de démasquer les prostituées. Ce chef du renseignement n’est autre que le général al-Sissi, alors membre du CSFA et qui allait devenir le dictateur sanguinaire que l’on sait. Les témoignages rassemblés par les ONG et ceux transcrits par Alaa al-Aswani montrent que ces tests de virginité, effectués dans des conditions de violence tota, entrent en effet dans une mécanique de torture physique et psychologique. Cette mise à mal de la dignité des femmes vise bien sûr à détruire toute velléité révolutionnaire.

Referendum

Un référendum sur les amendements à la constitution eu lieu le 19 mars. Les amendements principaux sont liés aux critères d’éligibilité du président de la république (article 76), à la durée de son mandat (77), à la nomination du vice-président (139). L’article 179 sur le « terrorisme » qui donnait des pouvoirs absolus au chef de l’état est supprimé et l’article 148 interdit maintenant de prolonger l’état d’urgence plus de 6 mois sans organiser un référendum populaire. Les « Frères » ont applaudi à ce projet qui maintient intact l’article 2 : « L’Islam est la religion de l’Etat et sa langue officielle est l’arabe ; les principes de la loi islamique constituent la source principale de la législation« . Appellent à voter oui : l’actuel gouvernement, le PND, les responsables de l’ancien régime, de nombreux hommes d’affaires et les Frères Musulmans.

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Jour du refus

Appellent à voter non (lâ’ en arabe) pratiquement toutes les autres forces politiques et de nombreuses personnalités : le Wafd (parti de la délégation), le parti nassérien, le mouvement des jeunes du 25 janvier, celui du « 6 avril », le Tagammou (parti du rassemblement, « socialiste »), le Rassemblement national pour le changement , le parti el-ghad (d’Ayman Nour), le parti du Front, le parti communiste égyptien, le mouvement d’el-Baradei, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, le Mouvement des égyptiennes pour le changement.

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Sur la banderole, un immense lâ' (non)

De nombreux artistes et personnalités médiatiques ont appelé publiquement à voter « Non » comme sur cette video qui n'a pas été supprimée par la censure.
Précédé par un immense rassemblement la veille, appelé jour du refus, le jour du vote a été une énorme mobilisation populaire avec des files d’attente jamais vues devant les bureaux de vote.. Les gens heureux de voter semblaient tous avoir voté non.

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La queue devant les bureaux de vote

Mais le lendemain, les résultats donnent 77 % au Oui.

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