La clé des ondes

BORDEAUX 90.10

LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

Urgence Froid Bordeaux : "on se trouve devant un trop plein de misère"

L'Opération Urgence Froid Bordeaux court jusqu'à ce dimanche pour venir en aide à celles et ceux précarisés et appauvris. Les maraudes se multiplient. la Clé des Ondes vous partage les expériences racontées par deux maraudeuses Estelle et Juliette.

Commande du podcast

42m

A La Tribune

Urgence Froid Bordeaux : "on se trouve devant un trop plein de misère"

10/11/2020

Photo de l'article: Urgence Froid Bordeaux : "on se trouve devant un trop plein de misère"

L'opération n'est pas finie et déjà le bilan semble déjà positif : 3000 euros récoltés et plusieurs centaines de dons et collectes ont déjà eu lieu dans le cadre de l'Urgence Froid Bordeaux.

"Chaque hiver, la baisse des températures aggrave la situation sanitaire et les risques pour la santé des personnes sans domiciles fixes (SDF) : dégradation des conditions de survie, maladies, difficultés d’accès aux soins, violences, stress et troubles psychiques, etc. À Bordeaux, des centaines de personnes sont concernées par cette situation : des hommes, des femmes et des enfants vivant à la rue, dans un squat, sous une tente ou dans un habitat indigne" annonçait dans leur communiqué les organisateurs.

Le collectif Wanted Solidarité, associant associations et collectifs de solidarité, a lancé jusqu'à ce dimanche 22 novembre une grande collecte avec le soutien de la mairie de Bordeaux. L'objectif d'Urgences Froid Bordeaux est de collecter en grand nombre "couvertures, duvets, tentes, vêtements et chaussures." Des points de collecte de dons et une cagnotte sont mis en place. (Liens et informations en bas de l'article)

Quelques jours avant le début de cette opération, la Clé des Ondes recevoir Juliette et Estelle toutes deux membres de maraudes à Bordeaux. Entretien enregistré et diffusé le mardi 10 novembre pour l'émission A La Tribune.

Entretien réalisé par Xavier Ridon, retranscrit de manière condensé par Hugo Cunchinabe, à retrouver en intégralité dans notre podcast.

La Clé des Ondes : Est-ce qu’il y a une aide suffisante par rapport à la demande des gens qui sont dans la rue, Estelle ?

Estelle Morizot (La Maraude du Cœur) : Pour notre part, à notre association, effectivement oui on reçoit beaucoup d’aides, de propositions, on a suffisamment de bénévoles surtout dans cette période où tout le monde est un petit peu confiné. On manque toujours de dons. On rentre dans une période on l’on a besoin de duvets et de duvets chauds, c’est un budget assez conséquent et il y a tous les à cotés qui peut nous couter très cher, donc oui c’est un petit peu compliqué. Mais il y a déjà une belle solidarité entre les associations. On s’entraide sur tous les sujets, une bonne solidarité des riverains, des bordelais en général.

Le confinement a amené vers vous des personnes que vous n'aviez jamais jusqu'alors ?

Estelle : Notre public a bien changé et pour beaucoup de ces personnes, c’est très difficile d’aller à une maraude, attendre après 70 personnes pour une barquette, c’est compliqué. On a mis en place des colis alimentaires mais la demande ne cesse d’exploser en permanence. Il y a une précarité, surtout chez les personnes âgées, c’est encore plus flagrant.

Tu as toi-même vécu à la rue pendant un certain nombre d'années... Comment réagis-tu par rapport à cette arrivée massive de gens qui n'ont d'autres choix que d'aller à la rue ?

Estelle : Effectivement, j’ai passé sept ans à la rue, ça fait dix ans que je suis réinsérée , et je suis plutôt blindée par rapport à la misère... mais encore hier soir je me suis retrouvée face à un trop plein de misère où j'ai terminé ma journée en pleurant, parce que finalement on ne se blinde jamais face à ça, malgré ce que j'ai vécu, malgré toutes ces années sur le terrain pour les aider. On a l’impression que ça va être sans fin et on ne sait plus quoi faire, on a l’impression de ne pas faire assez alors qu’on fait déjà beaucoup...

"Les jeunes ont confiance en nous. Les personnes plus âgées, elles, ont perdu espoir."

Si vous n’étiez pas là personne ne le ferait... Vous êtes là pare que l’État est défaillant dans sa mission de protection des gens, et j’imagine que votre action est aussi reconnue par les personnes qui viennent vous voir

Estelle : Oui, ça c’est sûr, les jeunes ont beaucoup confiance en nous. Les personnes plus âgées, elles, ont perdu espoir. Après si on ne passait pas, c’est la grande question, parce qu’on se dit qu’on participe quand même activement à la paix sociale. Si toutes ces personnes avaient faim, je ne sais pas comment cela se passerait...

Juliette : On avait rigolé une fois d’un jour "tiens qu’est-ce qu’il se passerait si on faisait une grève des maraudeurs ? juste pour voir !", mais en soit, on ne le fera jamais. Tous ces gens savent que, nous, comme les infirmières, comme les autres gens, on ne fera jamais la grève. On sait très bien ce qu’il va se passer si on la fait ! Et c’est pour ça qu’on tient tous, et c’est pour ça que ça tient et que c’est pas la révolution depuis quelques années !

On comprend la nécessité de votre action, mais face au fait que certaines personnes sont à la rue depuis tant d'années et que leur situation n’a toujours pas évolué, qu’est ce qu’une ville ou un gouvernement pourrait faire pour améliorer considérablement la vie de ces personnes là ?

Juliette : je pense que ça passe d’abord par arrêter la stigmatisation, c’est-à-dire que les architectures anti-SDF ou bien les nettoyages de la ville quand il y a des évènements sportifs ou bien ce genre de choses... Faut arrêter l’hypocrisie ! C’est normal qu’il y ait des sans-abris, le 0 sans-abris il existera jamais, parce qu’il y a des gens ils sont nés à la rue, c’est leur référence, donc ils vont pas bouger de là. Faut arrêter de les stigmatiser, il faut leur dire bonjour, il faut les considérer comme des personnes et cesser de les voir comme les déchets de la société !

nom de la photo

(DR/Urgence Froid Bordeaux)

Vous souhaitiez qu'on parle des relations difficiles voire violentes avec la police. De quoi, avez-vous avez été témoins ?

Estelle : Il y a deux semaines, on se retrouve avec des policiers qui insultent gratuitement des SDF de « cassos », c’est quand même très violent comme terme... Je suis intervenue pour lui demander si c’était normal : je me suis fait invectiver dans tous les sens, hurler dessus, la policière m’a menacé de contrôler mes papiers... Face à ces esclandres, on fait quoi ? on les laisse faire ? on les laisse continuer à insulter des sans-abris ou n’importe qui d’autres ? C’est trop décomplexé avec les sans-abris !

Juliette : Nous, on a rien contre la police à la base. Je veux dire : ce sont des gens comme nous. Et nous aussi, on craque et c’est pour ça que nous parfois on fait des pauses ! Quand c’est ton métier, c’est vrai que c’est un peu compliqué – c’est pour ça que moi j’en fais pas mon métier d’ailleurs - mais il y a des règles, des arrêts maladie, si on se sent plus capable de faire les choses, si on se sent plus capable de respecter les ordres.

Après le problème c’est : qui donne les ordres et quels sont les ordres ? Parce que si les ordres c’est : on « se moque de vous, vous les fracassez, vous avez une matraque juste à gauche là, c’est pour les insultes » ben là, ça va pas, faut aussi se poser les questions de si ça vient d’en haut. Faut pas oublier qu’il y a plein de suicides dans la police, il y a plein de gens qui ne sont pas contents. T’as fait ça toute ta vie, on t’a éduqué comme ça, t’as une famille, t’as la flemme de te reconvertir, bah oui c’est compliqué et tu t'amènes des problèmes aussi en quittant ce genre d’institution...

Pour une partie des personnes sans domicile, on passe par la case prison... Est ce que toi, Estelle, ce lien tu l’as vu avec des copains et des copines de la rue ?

Estelle : je ne l’ai pas vu avec les copines et les copains de la rue. Je viens surtout de le découvrir : j’ai accompagné un jeune que j’ai suivi qui a eu des gros problèmes avec la justice et qui est actuellement, malheureusement, en prison. On a assisté à beaucoup de comparutions immédiates.

J’ai entre autres vu dans ces comparutions immédiates d’autres sans-abris y passer. C’est pour ça j'explique qu'il est très important que, quand un sans-abri finit en garde à vue, on puisse rentrer très rapidement en contact avec l’avocat, c’est ce que je faisais déjà pour ce jeune. Quand vous savez que la personne finit en garde à vue, vous allez à la maison des avocats avec vos papiers de président d'association ou de bénévole, et en expliquant que vous connaissez ce jeune et que vous avez besoin de savoir s’il a pris un avocat commis d’office.

Dans ces cas-là vous pouvez rentrer en contact avec l’avocat et pouvoir apporter des garanties sur son suivi. Sinon comme ils n’ont pas de domicile, on les envoie très régulièrement en prison, juste pour savoir où les trouver...

nom de la photo

Comment aider, quelles associations donnent de leur temps pour combattre cette misère grandissante ? Elles sont bien évidemment nombreuses, en voici quelques-unes : Les Gratuits, Les Maraudeurs, 1,2,3 c'est Parti, Graines de solidarité, La Maraude du Coeur, Les Robins de la Rue, les Diamands des cités ou encore Imagine Demain.

Lien vers l'opération Urgence Froid Bordeaux : https://www.facebook.com/events/806984790099493/

Lien vers la cagnotte de l'opération : https://www.helloasso.com/associations/la%20maraude%20du%20coeur%20bordeaux/collectes/urgence-froid-bordeaux

nom de la photo

Photo de Une : action de Maraude du Coeur Bordeaux (DR/Facebook)

Les podcasts

Commande du podcast

35m

Dans Le Casque d'Amélie

Top 10 des sorties d'albums du 20/11/20 pop/folk/rock/electro/jazz/funk/soul #112

30/11/2020

Commande du podcast

1h00m

Ouplidada

29/11/2020

Commande du podcast

1h38m

Spy Market

29/11/2020

Commande du podcast

2h30m

Aqui Portugal

29/11/2020

TOUS NOS PODCASTS
Lecture / Pause de la radio ou d'un podcast
ECOUTER LA RADIO
/
Retour au direct
undefined