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Violences sexuelles : quels soutiens apportés aux étudiantes de Sciences Po Bordeaux ?

Suite à la publication le 23 janvier sur Facebook dans un groupe privé des étudiant.e.s de Sciences Po d'un témoignage de viol, la parole semble se libérer. Nous avons rencontré Léa et Amélie, coprésidentes de l'association Sexprimons-nous.

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Violences sexuelles : quels soutiens apportés aux étudiantes de Sciences Po Bordeaux ?

09/02/2021

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Que s’est-il passé exactement ? Combien de témoignages ont été publiés ?

Léa : Le 23 janvier un premier témoignage a été publié sur le groupe Facebook privé des actuels et anciens étudiant.e.s de Sciences Po, mais il a très rapidement été rejoint par d’autres. Alors au bout de 15 témoignages environ, l’association Sexprimons-nous a proposé aux étudiant.e.s de témoigner anonymement en passant par notre compte. On a vu que certains témoignages parlaient de l’administration et de la façon dont certaines étudiantes ont été reçues par cette dernière quand elles sont allées témoigner de ce qu’elles avaient subi. On a donc décidé de contacter l’administration par mail pour pouvoir organiser une rencontre et en parler, le 2 février dernier. Aujourd’hui concrètement cette rencontre nous a permis de pouvoir créer un groupe de travail pour proposer des solutions aux étudiant.e.s. Ce groupe rassemblera des étudiantes à Sciences Po de Sexprimons-nous, des membres de l’administration et des représentants des professeurs.

Amélie : Et ce groupe commencera à travailler le 11 février notamment sur un projet de formation pour les étudiant.e.s qui partiront en mobilité, qui représente un moment de plus grande vulnérabilité, mais également sur un projet d’accompagnement psychologique des victimes qui le souhaitent.

Léa : A ce jour (le 9 février) nous avons comptabilisé 164 témoignages. Sexprimons-nous en a publié environ 1/3 mais le reste a été publié par les victimes elles-mêmes.

Amélie : Je trouve important de préciser qu’il y a une grande diversité de violences qui ont été dénoncées : il y a des agressions sexuelles, des viols (dont des viols collectifs), des incestes, du harcèlement, des violences psychologiques, mais aussi des violences conjugales.

Pourquoi selon vous toutes ces personnes ont ressenti le besoin de s’exprimer maintenant et toutes en même temps ?

Léa : Je pense qu’il y a différents facteurs. Le premier qui me vient à l’esprit c’est évidemment le #MeTooGay et le #MeTooInceste qui ont déferlé sur Twitter quelques jours avant le début de la publication des témoignages sur le groupe Facebook.

Amélie : Mais il y a aussi le fait que ce sont des sujets très peu abordés et cela permet de montrer qu’à Sciences Po il y a aussi ces violences sexuelles, peu importe les classes sociales et les établissements. Et ce qu’on a trouvé assez surprenant c’est la vitesse à laquelle ces témoignages se sont succédés. On a réalisé à quel point il était important de libérer la parole.

Donc vous avez rencontré une première fois l’administration mardi dernier, comment cela s’est passé exactement ?

Amélie : On a commencé par faire un état des lieux en leur expliquant la situation et après on leur a soumis différentes propositions qu’on avait récoltées grâce à un appel à propositions lancé auprès des étudiant.e.s de Sciences Po Bordeaux, qui nous nous en ont formulées au moins une cinquantaine. C’est comme ça que l’on a conclu sur la création d’un groupe de travail animé par la chargée égalité femmes-hommes.

Parmi ces propositions, il y avait par exemple faire une formation de prévention des violences et d’accompagnement des victimes pour les étudiant.e.s, l’administration mais aussi le personnel enseignant. Il faut être formé pour entendre ces paroles et savoir vers qui réorienter la personne. Le besoin d’accompagnement psychologique est aussi une des principales propositions qui avait été formulées. A cause de la crise sanitaire les structures sont surchargées donc il faut trouver d’autres solutions.

Léa : Il y avait aussi l’idée de former les présidents des bureaux d’association, mais aussi l’idée d’écrire une charte qui serait signée par Sciences Po et par tous ses étudiant.e.s et qui permettrait d’assurer le bien-être de tous et toutes sur le campus.

Amélie : Certaines personnes ont aussi suggéré la création d’un contact d’urgence pour les étudiant.e.s en mobilité, pour qu’iels puissent savoir vers qui se diriger. La mobilité n’est pas le problème central car il ne reflétait qu’une petite partie des témoignages (en tous cas de façon claire) mais le fait d’avoir un environnement moins familier cela peut encore plus fragiliser les victimes.

Comment a réagi l’administration face à toutes ces propositions ?

Léa : Ils ont directement accepté de mettre en place un groupe de travail rapidement et nous avons déjà établi un ordre d’actions à mener sur le court terme et sur le long terme. On sait déjà qu’il y aura une formation pour les « première année » qui s’apprêtent à partir en mobilité.

Amélie : Donc dès mars ou avril il y aura concrètement des choses mises en place.

C’est la première fois que l’administration met des choses en place ?

Amélie : Il y avait déjà une cellule d’écoute pour tout problème psychologique, donc pas seulement sur les violences sexuelles, qui avait été mis en place par Sciences Po en 2018 avec des juristes, des psychologues, et la chargée d’égalité femmes/hommes. Le reste était surtout informel.

France 3 a réalisé un reportage sur ce même sujet en réalisant une vidéo qui montrait certains des témoignages qui avaient été publiés sur le groupe privé. Est-ce que cela avait été fait avec l’accord des personnes concernées ?

Léa : Non, depuis il a été supprimé.

Amélie : Personne n’avait demandé l’accord des victimes. Certain.e.s avaient témoigné en leur propre nom mais seulement sur ce groupe privé.

Et quel impact a eu l’effet médiatique de ce mouvement sur les étudiant.e.s ?

Amélie : Je pense que ça a crée un grand questionnement autour du consentement et en ça il a eu un impact positif mais beaucoup de personnes ont aussi été touchées personnellement par ces témoignages qui ont ravivés des souvenirs douloureux. C’est important d’en parler mais ce n’est pas non plus facile.

En quoi selon vous parler avec un groupe de soutien ou dénoncer publiquement une agression, cela peut aider une personne à se reconstruire ?

Amélie : Alors parce que cela peut aider de savoir que l’on n’est pas seul.e et que ce n’est pas de notre faute. C’est pour cela que l’on souhaite mettre en place des groupes de parole parce qu’il y a une demande des étudiant.e.s d’avoir un espace « safe », sécurisé et sécurisant où on peut en parler. Parce que comme on a pu le voir en ligne, ces témoignages créent une grande solidarité et un énorme soutien et c’est ce sont les victimes ont besoin.

Entretien réalisé et retranscrit par Manon Chevalier

Photo de Une : Œuvre des colleuses féministes à Paris (Instagram/@collagesfeminicidesparis)

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