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LA RADIO QUI SE MOUILLE POUR QU'IL FASSE BEAU

Pierre Hurmic : "Une fois aux manettes, on pourra même aller au-delà de notre programme"

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A Bordeaux, les sondages mettent Pierre Hurmic au coude-à-coude avec le maire sortant. Sa liste écologiste Bordeaux Respire conçoit ne pas avoir "le même projet de ville que Poutou et ses amis" de la liste émergente Bordeaux En Luttes.

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L'invité.e

"On n'a pas la prétention de représenter toutes les gauches", Pierre Hurmic (Bordeaux Respire)

Diffusé le 31/01/2020

Bordeaux Respire veut "adapter la ville, renforcer les liens et oxygéner la démocratie". Menée par Pierre Hurmic, cette liste affirme avoir un projet "écologique, social et citoyen" pour Bordeaux pour en finir avec le règne de la droite sur la ville. La liste a longtemps été seule à exister médiatiquement sur le côté gauche. Elle rallie les membres du Parti Socialiste, du Parti Communiste, de Génération.s, de Nouvelle-Donne, des diverses organisations écologistes et promet d'être composée pour moitié de citoyens engagés pour "leur compétence" à devenir adjoints.

Elle doit désormais faire avec l'arrivée de Bordeaux En Luttes, candidature unifiant les forces d'habitants non-encartés, du NPA et de Bordeaux Debout, collectif soutenu par la France Insoumise. L'ouvrier Philippe Poutou est à sa tête. "N'attendez pas de moi des paroles pour les discréditer" affirme Pierre Hurmic, conseiller municipal d'opposition depuis 1995. Entretien.

La Clé des Ondes : Nous sommes au cœur d'une mobilisation inédite contre la réforme des retraites. Quelle est votre analyse sur cette mobilisation et sur cette réforme ?

Pierre Hurmic : J'ai fait la plupart des manifestations dont les débuts de manifestations avec mes confrères avocats. Notre caisse autonome est menacée par le projet dans des conditions inacceptables. Les avocats sont très mobilisés. Je le suis depuis des années. Je n'ai jamais vu une telle mobilisation. Je suis très solidaire surtout des jeunes qui se sentent menacés. On prévoit 30% des petits cabinets d'avocats qui pourraient fermer.

"Si le gouvernement avait mieux préparé ce texte, s'il y avait eu plus de concertations, il n'y aurait pas eu ce bazar."

Je suis solidaire de mes confrères mais aussi du malaise général sur cette réforme qui est injuste et bâclée. C'est rare que le Conseil d’État s'exprime dans des termes aussi crus et critiques.

La mobilisation peut l'emporter ?

Le gouvernement essaie de gérer ça comme Margaret Thatcher. Il se dit que les gens vont être obligés de reprendre le travail car ils ne sont pas payés. il faut qu'il soit plus à l'écoute. S'il avait mieux préparé ce texte, s'il y avait eu plus de concertations, il n'y aurait pas eu ce bazar. Manifestement, il joue désormais le pourrissement.

ProgrammePierreHurmic

Programme de Pierre Hurmic et sa liste Bordeaux Respire

Je suis assez étonné de la manière dont le gouvernement mène cette réforme à la hussarde. Vous n'avez jamais les mêmes réponses selon les ministres que vous interrogez. C'est tout de même grave.

Pour les municipales, vous pensez pouvoir être le maire qui pourra incarner à Bordeaux l'urgence écologique. Comment faîtes-vous une fois élu ?

D'abord, on décrète le zéro artificialisation des sols. Ça peut paraitre ésotérique mais désormais on ne pourra plus construire la ville sur les derniers espaces naturels qui actuellement sont bradés pour la promotion immobilière - ce n'est pas pour rien qu'on disait que Bordeaux était l'eldorado des promoteurs immobiliers. Tout cela s'est fait sur des espaces naturels mais nous on fera tout pour la conserver.

On va geler un certain nombre d’opérations - sauf les coups partis. Sinon, on va remettre à plat comme par exemple à Brazza. On peut voir certaines constructions qui poussent à une vitesse... Cette bétonisation est accélérée. On veut y mettre un terme. Le maire de Bordeaux avait été bâtisseur mais aussi bétonneur.

Le logement semble être une pierre angulaire de votre programme avec notamment un investissement d'un million d'euros par an pour la rénovation thermique. Mais quand on parle de logement, on parle emplois pour habiter pas très loin d'où on bosse. L'industrie en ville semble encore possible ?

Oui notamment sur le Bassin-à-Flots. Nous ne faisons pas le rêve d'une carte postale résidentielle comme la majorité sortante. Nous estimons qu'il faut de la mixité.

Vous ne parlez pas de négociations d'appareils, de tambouille. Derrière vous, se trouvent socialistes et communistes mais on ne les entend pas ni leur programme. C'est un effet de l'hégémonie politique de l'écologie ?

Non, ils ont été très associés. Le programme a été soumis aux différentes composantes. Ils l'ont amendé. Mieux vaut un programme unique que différents programmes des différentes formations politiques ça rendrait notre alliance difficile à gérer.

"Vous pensez bien que chez les Verts, les écologistes, on n'est pas très favorable au tout-répressif"

Vous avez mené différents débats avec Sud Ouest qui a sélectionné les "principaux" candidats dont le maire sortant Nicolas Florian et le candidat La République en marche Thomas Cazenave. Quand on parle écologie, les candidats bleus se mettent au vert et quand on parle sécurité, le vert que vous êtes demande "plus de bleus". Qu'est-ce qui vous différencie dans le fond ?

J'ai indiqué qu'il faudrait qu'il y ait plus de bleus dans les rues. La formule m'avait été soufflé par des représentants syndicaux de la police car avant de l'aborder j'ai eu le soucis d'aborder des syndicats de policiers nationaux et municipaux.

Ils sont assez unanimes pour dire qu'ils sont accaparés par des tâches administratives dans les bureaux et pas assez dans les rues. Je suis assez d'accord. Les policiers peuvent faire de la prévention et être formés pour ça.

Alors où sont les lignes de fracture avec vos adversaires à droite ?

Ils sont bien plus sécuritaires. Je suis pour la prévention. Dans le débat sur TV7, j'ai parlé des travaux d'intérêt général que la mairie pourrait faire. C'est une alternative très sérieuse. Vous pensez bien que chez les Verts, les écologistes, on n'est pas très favorable au tout-répressif. La loi permet d'autres possibilités qui sont sous-utilisées.

Sur l'écologie, vous répétez que les gens préfèreront l'original à la copie...

Je trouve que ce sont nos meilleurs agents électoraux. Plus ils parleront écologie, plus les gens se diront que c'est important. Si le maire de Bordeaux en parle autant c'est parce qu'il se rend compte qu'il y a tout à faire, qu'il faut mettre les bouchées doubles. Je ne suis pas sûr que son programme corresponde à cette préoccupation. Plus il en parle, plus les Bordelais se mobiliseront autour de cette cause et préfèreront l'original à la copie.

"Nous n'avons pas le même projet de ville que Poutou et ses amis."

Le débat se situe dans un cercle centre droit-centre gauche. Est-ce que le débat médiatique ne penche-t-il pas surtout à droite ?

Je ne sais pas si ça se pose en des termes aussi manichéens. Les gens dans la rue me parlent peu de droite ou gauche. Je me rends compte surtout que les Bordelais ont envie de changement et en même temps une soif d'écologie. On est à la croisée de ces deux chemins. Beaucoup sont contents qu'on ait fait un rassemblement assez large et qu'on porte haut et fort l'écologie.

Nous avons proposé à Philippe Poutou à la tête de la liste Bordeaux en Luttes de vous poser une question. Il vous demande si Bordeaux Respire ne doit pas être rebaptisé Bordeaux Transpire ? Autrement dit craignez-vous cette candidature à gauche ?

Non. Je l'ai accueilli de façon très zen, croyant beaucoup à la diversité politique. Nous n'avons pas le même projet de ville que Poutou et ses amis. Ce que je regrette, c'est qu'ils passent toute leur énergie à essayer de nous flinguer. Priorisez, hiérarchisez vos adversaires ! Est-ce que vous voulez que cette ville reste à droite ? Alors flinguez tous azimuts ! On n'a pas la prétention de représenter toutes les gauches. On n'a jamais été sur ce terrain là...

Ça vous dit peut-être aussi : "Soignez votre gauche..."

Nous avons notre couloir, notre programme, nos propositions. On ne les fait pas par rapport aux autres mais par rapport à ce qui nous parait essentiel. N'attendez pas de moi des paroles pour les discréditer. Mélenchon pendant les Européennes a passé beaucoup de temps à canarder Jadot. Je ne suis pas persuadé que ça lui ait réussi. C'est un peu puéril, un peu dépassé. Qu'ils admettent la biodiversité. On a suffisamment d'énergie à dépenser pour canarder les sortants et les autres concurrents que ce serait dommage qu'on la dépense à la quereller entre nous.

"On m'a cherché querelles car j'ai défendu la liberté d'expression"

Revenons au thème de transports. Vous proposez un soutien aux mobilités douces comme le vélo et une carte pour une tarification progressive pour les transports en commun. A Paris, Anne Hidalgo (PS) propose une gratuité des transports pour les mineurs. Ça vous inspire ?

On ne l'a pas mis au programme. Une fois aux manettes, on appliquera le programme mais on peut aussi aller au-delà. On n'a pas choisi la gratuité pour tous. C'est normal que ceux qui n'ont pas les moyens de payer, ne paient pas le tram. Mais ceux qui peuvent payer doivent payer. C'est moins radical mais on considère cela plus juste que la gratuité totale.

Vous, maire de Bordeaux, vous célébrerez des mariages homosexuels ?

On m'a cherché querelles là-dessus car j'ai défendu la liberté d'expression d'un élu (Hugues Martin qui en 2013 faisait valoir sa clause de conscience pour ne pas les célébrer, NLDR). J'ai tendance à défendre la liberté de conscience mais surtout la liberté d'expression. Je suis avocat. J'ai défendu des objecteurs de conscience il y a bien longtemps.

En arriver à faire le lien avec des positions supposées sur le mariage des personnes de mêmes sexes, je ne trouve pas ça bien. Quand on est dans l'opposition du conseil municipal, il faut venir nous chercher pour célébrer des mariages et j'ai été le deuxième à en avoir célébrer. On m'a fait confiance et je n'ai pris de position hostile.

Et vos conseillers municipaux que feront-ils ?

Sur cette question, notre programme est clair : lutte contre toutes les discriminations. Donc il faut qu'ils le disent maintenant car demain ce sera trop tard pour eux (rires). Défendre la liberté d'expression, c'est défendre la liberté de ceux qui ne pensent pas comme nous. Je suis Voltairien. Voltaire disait : "je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire."

"Les sondages nous sont favorables mais on n'atteindra pas ces scores. Comme dans beaucoup de villes, nos candidats n'ont pas le bon profil et les électeurs vont finir par s'en apercevoir. Les propos seraient de Yannick Jadot lors d'un repas à Bordeaux avec vous et les militants. C'est le quotidien Le Parisien qui les rapporte. Vous craignez de faire partie de ces profils ?

Non car la phrase entière qui lui est prêté se finissait par "... sauf à Bordeaux". Mais je peux vous dire que j'étais à ce déjeuner et je n'ai pas entendu cette phrase. Je ne sais pas d'où ça sort. Ça ressemble à une fake news. Ça m'aurait marqué.

Entretien réalisé le mercredi 29 janvier 2020 par Xavier Ridon

Photo de Une : Pierre Hurmic, devant son local de campagne, rue des 3 Conils (Xavier Ridon/La Clé des Ondes)

-- Les Candidatures A Gauche Pour Cette Ville --

Bordeaux Respire - Pierre Hurmic : "Une fois aux manettes, on pourra même aller au-delà de notre programme"

Bordeaux En Luttes - "Il y a une possibilité d'envoyer Philippe Poutou, ouvrier, au conseil municipal de Bordeaux"

Lutte Ouvrière - Fanny Quandalle : "S'il y avait une municipalité ouvrière, elle servirait d'appui à la population"

-- Note De La Clé --

Comme à chaque période électorale, la Clé des Ondes fait vivre le débat entre les gauches. C'est un enjeu médiatique majeur, la raison d'être de notre radio. A travers nos nombreuses émissions, mais aussi via notre site internet, nous allons tenter de vous retranscrire les enjeux et les candidatures dans les communes de l'agglomération bordelaise (peut-être même au-delà).

Pour reprendre une image sportive, nous travaillons en mode semi-professionnel mélangeant quelques salariés et des dizaines de bénévoles, mêlant engagements revendiqués et envie de débats. Tantôt avec sérieux, tantôt avec quelques frappes mal cadrées peut-être, mais tout cela dans un joyeux bordel.

Nous ne pourrons pas répondre à toutes les sollicitations, ni tout traiter, mais nous tenterons de faire le maximum pour que vive le débat démocratique à gauche. On imagine que vous comprendrez, voire même que vous apprécierez.

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